Présentée dans le cadre du Festival NOÛS, la nouvelle performance du collectif québécois 7 Doigts, Polymorphose, fait du corps une source de langage pour la machine. Et réinvente, au passage, le cirque à l’ère de l’intelligence artificielle.
« Polymorphose est une performance qui ne peut jamais être vue deux fois », préviennent les membres du collectif canadien 7 Doigts. Et pour cause : s’appuyant sur un dispositif simple – en théorie -, le projet rend visible les échanges entre les machines et les artistes du mouvement. Simple oui, mais loin d’être simpliste. Équipés de capteurs interactifs à infrarouge créant un canal de communication, les comédiens sont ainsi connectés à une intelligence artificielle, qui devient co-créatrice d’une oeuvre évolutive inédite.


L’IA, un partenaire imprévisible
Sur scène, chaque geste compte. Un bras qui s’élève, une trajectoire qui bifurque, et l’image répond. Ou pas. Car ici, l’IA ne se contente pas d’illustrer les gestes des danseurs ; elle intervient réellement dans la chorégraphie, l’interprète même. Elle propose, parfois à côté, parfois en avance, et imagine un ballet quasi-improvisé qui pousse le danseur à s’ajuster en permanence. Un exercice complexe qui accepte l’erreur, embrassant une sensibilité algorithmique que l’on ne soupçonnait pas encore. Car si l’on a tendance à penser l’IA comme un partenaire docile, il n’en est en réalité rien. Indisciplinée, elle est capable ici d’embrasser des choix déconcertants… Or, c’est précisément dans ces écarts que la pièce trouve son rythme ! Qui mène la danse ? Bonne question : la réponse change toutes les trente secondes.
Avec Polymorphose, Les 7 Doigts poursuivent leur exploration d’un cirque contemporain ouvert aux technologies, sans gadgetisation inutile. Ici, l’intérêt n’est pas tant dans la prouesse technique que dans ce qu’elle produit, à savoir de l’incertitude, du jeu, parfois même un peu de résistance. Chaque représentation étant différente, l’œuvre échappe à la fixation, se vit plus qu’elle ne se consomme et amène inévitablement à ce constat : oui, il y a quelque chose de beau à voir une machine prend part à l’acte créatif.
- Festival NOÛS, jusqu’au 19.04, BnF, Paris.