264 artistes. 475 œuvres ! Le Mrac Occitanie fête ses 20 ans avec une exposition monumentale et protéiforme, qui balaie, sur 3 200 m², plus de 50 ans d’histoire de l’art, de 1968 à nos jours : Stop the Machine !
De Daniel Buren à Sophie Calle, d’Anne et Patrick Poirier à Hans Hartung, le Mrac Occitanie a, tout au long de sa jeunesse, su rester dynamique et proposer des expositions pensées pour faire date. En braquant ses projecteurs aussi bien sur des stars que sur des artistes émergents, l’institution a su se positionner comme un acteur essentiel de la création contemporaine. Preuve en est encore aujourd’hui avec cette exposition anniversaire, conçue en collaboration avec le Frac Occitanie Montpellier et les Abattoirs de Toulouse.

Tout, ici, a été mis en œuvre pour que le Mrac continue de rester en phase avec son époque. Pour preuve, le commissaire Fabrice Bousteau confesse d’emblée avoir voulu solliciter l’aide de l’IA au moment d’imaginer cette nouvelle exposition : « Je l’ai testée avec l’aide des architectes Lef Kazouka et Jean-Baptiste Lepeltier. J’ai prompté de manière assez concise, en intégrant des spécificités du musée, ce que je souhaitais : une exposition qui me corresponde, labyrinthique et cinématographique. J’ai obtenu quelques hallucinations peu convaincantes, comme des tableaux présentés au sol sur lesquels les visiteurs étaient invités à marcher, mais aussi quelques bonnes idées. J’en ai gardé certaines, mais je souhaitais absolument placer des œuvres chères à mes yeux. Pour cela, j’ai compris que c’était à moi de trouver l’axe principal. D’où l’idée du concept “Stop the Machine !” : travailler avec l’IA, mais imposer mes choix. »

Une explosion multicolore
Afin d’exploiter au mieux cette problématique de départ quoi de mieux que de se plonger dans les fondations du Mrac pour les réveiller et les confronter au présent ? Comme une évidence, Fabrice Bousteau s’est donc inspiré d’une œuvre inaugurale : Rotation, de Daniel Buren (2006). Incrustée sur les pans de verre de l’édifice, ouverts sur l’extérieur, celle-ci capture la lumière du Sud et la projette à travers une succession de filtres colorés : du bleu au vert, du rouge au jaune, ou encore du noir au blanc, ces couleurs sont rapidement devenues le fil conducteur d’un parcours qui mène de la matière brute à l’explosion multicolore.
Le casting est impressionnant : Daniel Buren, avec une nouvelle réalisation un brin anecdotique, Laurent Pernot, Djamel Tatah, Françoise Pétrovitch, Claude Viallat, Vivien Roubaud… mais aussi quelques pointures de l’art vidéo, comme Jason Glasser, Michael E. Smith, Pipilotti Rist ou Dominique Gonzalez-Foerster, représentée ici par Ann Lee in Anzen Zone (2000). Dans cette animation graphique 3D majeure, plusieurs artistes de différentes nationalités redonnent vie à un personnage de manga japonais, nommé Ann Lee et imaginé par Pierre Huyghe et Philippe Parreno. Leur mission : la « sauver » de son destin médiocre de figurante en livrant un double message sur la précarité de sa condition d’être virtuel et sur l’absence de zone de sécurité.


Des œuvres en mouvement
Particulièrement sollicité ces derniers mois, Oliver Beer est aussi de la partie avec Alice Fading (2014), un film d’animation reposant sur la réinterprétation par des enfants d’un extrait du fameux dessin animé de Walt Disney. Comme Alice, on se perd volontiers dans ce labyrinthe kaléidoscopique, notamment dans la salle immersive où a été reconstitué Dots Obsession, Sous-titre : Infinity Mirrored Room (1998) de Yayoi Kusama. On reste dans le thème, les ballons gonflables à pois évoquant fortement des champignons hallucinogènes. Inutile de résister. Le mieux est encore de lâcher prise et de se laisser porter par l’imaginaire de tous ces artistes, aux motivations, aux techniques, aux styles et aux discours ô combien différents.
Si toutes ces propositions prennent place au 1er étage, les amateurs d’art numérique et immersif sont invités à privilégier le rez-de-chaussée, dans une section spécialement dédiée : « Couleurs, lumières en mouvement ». Une salle de cinéma y a même été reconstituée. À l’affiche : Philippe Parreno, Carsten Höller, Rirkrit Tiravanija, John Baldessari, Sadie Benning, Janet Biggs, Le Gentil Garçon et Maxime Rossi.

Tout autour, une diversité de propositions se mêle, formant presque un tout. Quelques-unes se détachent tout de même, comme Fosse #1 (2018) d’Anne-Charlotte Finel. L’artiste y explore des zones troubles, des lieux souterrains et indéterminés en filmant presque à l’aveugle ces moments où la lumière se raréfie. Dans Sweet Dreams [Are Made of This] (2016), Carlos Aires met quant à lui en scène deux policiers en uniforme et casqués au cœur de la salle de bal du Museo Cerralbo, à Madrid, où on les observe depuis les airs en train de danser sur une version tango de la chanson éponyme de 1983 d’Eurythmics. L’image reste durablement en mémoire, comme tant d’autres présentées ici, au cœur d’une exposition particulièrement précieuse. Jusque dans son ambition : célébrer et faire vivre l’art contemporain.