« Premier contact » est une série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d’accroche avec de jeunes artistes et leurs univers si singuliers. Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à Helin Sahin, artiste visuelle kurde-américaine qui façonne des mondes numériques comme d’autres sculptent l’argile.
Un élément biographique
Il y a chez Helin Sahin, née en Turquie en 1992 et aujourd’hui basée en Allemagne, la volonté de développer une pratique artistique résolument hybride : modélisation 3D, sculpture numérique, vidéo… Tout devient matière à expérimenter. Au cœur de son travail ? Le subconscient, la mémoire et les identités fragmentées, nourries par son héritage kurde et par la culture visuelle d’Internet. Ses œuvres fonctionnent comme des paysages mentaux : des espaces où les symboles culturels se dissolvent dans des textures numériques, où l’intime rencontre les flux visuels du réseau.
À l’évidence, un tel parti pris ne pouvait évoluer indéfiniment hors des radars des institutions internationales : de la Superchief Gallery de Miami à la nGbK de Berlin, en passant par le Museo Universitario Del Chopo, l’Industry Gallery de Los Angeles, ou le Palazzo San Guiseppe, nombreuses sont celles à avoir consacré le travail de celle qui collabore également avec des médias de renom (Vice, Capslock Magazine) ou des marques telles que Burberry ou Flora Miranda.


Une œuvre
Produite en 2024, Sanguine Spirit est une sculpture digitale CGI multi-perspectives qui s’amuse de la texture, dans une sorte de va-et-vient constant entre le liquide et le minéral. Reposant sur des formes translucides, presque organiques, qui semblent flotter dans un espace suspendu, cette pièce a été pensée dans le cadre de la série MIME, au sein de laquelle Helin Sahin explore les notions d’équilibre et de dualité entre le réel et virtuel, la matière et la simulation, la présence et l’effacement. Les objets semblent simples au premier regard, mais leur structure se déploie en couches complexes, comme si l’image cachait une histoire sous sa surface brillante. Le spectateur se perd alors dans un jeu de perspectives, dans cette juxtaposition d’objets multidimensionnels en 2D et d’effets d’optique censés faire référence au flou de sa propre quête identitaire.


Un haut fait d’armes
Helin Sahin s’est faite remarquer par le grand public en imaginant un projet pour Burberry, à l’occasion de leur campagne « Inside Nature ». Invitée à interpréter le thème « Au cœur de la nature », elle réussit alors à amener le monde du luxe vers une proposition assez expérimentale. « Environ un an après le début de la pandémie, Burberry m’a demandé de créer une à trois œuvres d’art sur mesure, raconte-t-elle à Coeval Magazine, C’était une période d’incertitude extrême pour tous. J’avais également du mal à produire et à me concentrer sur mes projets. » Penser à la nature quand on est contraint d’être chez soi lui apparaît alors être une véritable libération, et une opportunité rêvée de décliner ses sculptures numériques en beige et noir.