« Premier contact » est une série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d’accroche avec de jeunes artistes et leurs univers si singuliers. Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à l’artiste chinois basé en France Jingqi Yuan, découvert à l’occasion du festival caennais Interstice.
Un élément biographique
Né en Chine, formé au journalisme avant de bifurquer vers les arts plastiques, Jingqi Yuan obtient son DNSEP à TALM-Le Mans en 2023. Désormais installé dans la Sarthe, celui qui se définit comme artiste mixed media profite de cette proximité avec la nature pour mieux la comprendre, et mieux s’en inspirer. Sa pratique s’articule autour d’une perspective résolument anti-anthropocentrée : construire des espaces où les formes biologiques, végétales et mécaniques coexistent selon leurs propres règles, sans que l’humain en soit le centre de gravité. Un « jardin », dit-il. Oui, mais celui-ci est incroyablement hybride, artificiel et fictif. Étrange et fascinant à la fois.

Un projet
Présentée à l’occasion du festival Interstice, à Caen, Latence.grotte ressemble à un espace en suspension. Ni tout à fait une installation vidéo, ni totalement une sculpture immersive, il s’agit plutôt ici d’une grotte artificielle au cœur de laquelle des dizaines et des dizaines d’insectes robotisés grimpent comme des araignées, galopent au sol comme des scarabées et s’agitent selon une logique qui leur est propre, a priori étrangère à toute signification humaine. Et soudain, un visage. Le notre, capturé par un système de reconnaissance faciale puis affiché sur le dos d’une créature. Le visiteur, croyant simplement entrer dans une installation pour observer des êtres étranges, devient alors, sans le vouloir, une pièce du dispositif.
Très bien, mais que se passe-t-il lorsque plusieurs visiteurs se retrouvent à découvrir l’œuvre en même temps ? Le dispositif se répète, et c’est autant de visages projetés sur des insectes différents qui transforment la colonie en une galerie de portraits collective et fugace. À moins que ce ne soit un jeu vidéo dont le public serait le personnage.

Une récompense
Grâce à son travail, en 2025, Jingqi Yuan obtient la bourse de Stereolux Nantes, dans le cadre du programme Ambivalences, un dispositif d’accompagnement à la professionnalisation porté conjointement par trois pôles régionaux de création en environnement numérique. Une reconnaissance qu’il juge lui-même structurante dans le cadre d’un entretien publié sur le site de Stereolux : « En tant qu’artiste originaire de l’étranger, j’ai besoin de rencontrer d’autres artistes, notamment dans la création en environnement numérique. Stereolux m’apporte déjà un précieux soutien à Nantes. Mais Ambivalences est, à mes yeux, un levier pour approfondir les échanges et collaborations avec mes pair·es, pour élargir mes perspectives de diffusion et enfin, pour bénéficier de soutiens techniques dans ma pratique créative. ».
Plus qu’une consécration, cette bourse représente pour Jingqi Yuan une ouverture vers de nouvelles collaborations, de nouvelles perspectives de diffusion, de nouveaux échanges techniques. « Je pense que chaque artiste a un point d’ancrage, surtout quand il commence à s’intégrer dans l’écosystème artistique et local, conclut-il. Nous avons des backgrounds culturels, des environnements créatifs et des modes de pensée différents. La diversité de nos rencontres crée ainsi de nouvelles inspirations et de nouvelles possibilités de création ». On a hâte de voir ce qu’il va ressortir de toutes ces « nouvelles possibilités ».