« Premier contact » est une série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d’accroche avec de jeunes artistes et leurs univers si singuliers. Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à Kidus Hailesilassie, un artiste américano-éthiopien dont les installations immersives mêlent archives coloniales, récits diasporiques et technologies spéculatives.
Un élément biographique
Architecte de formation, Kidus Hailesilassie s’oriente assez tôt dans son parcours vers l’art, de préférence celui qui lui permet de naviguer entre cinéma, installation et médias hybrides. Né en Éthiopie, il poursuit ses études aux États-Unis, et fonde en 2022, à Los Angeles, Guada Labs, un studio consacré à l’art, au 7ème art et aux nouveaux médias. Cette année-là, il est également lauréat du MIT & Black Public Media Visiting Artist Fellowship au sein du MIT Open Documentary Lab, un cadre qui lui permet d’expérimenter la place de la mémoire et du récit au sein des environnements de réalité étendue. Cette résidence marque une étape clé dans sa pratique, et confirme sa volonté de concevoir des univers immersifs où le passé, le présent et le futur s’entrelacent.
Le travail de Kidus Hailesilassie pourrait effectivement se résumer ainsi : à une improvisation spatiale, en écho aux gestes et aux voix de la diaspora noire, permettant d’envisager des espaces hors du temps, où le passé rencontre l’avenir, entre mémoire partagée et fiction spéculative. C’est un long récit, historique ou non, au sein duquel les archives africaines et afro-diasporiques deviennent des matériaux de création.

Une œuvre
Cette démarche, aussi nécessaire que profondément singulière, Kidus Hailesilassie la déploie avec brio dans Black Planetarium – Uncharted: Anthologies Across the Atlantic. Récompensée par un Award of Distinction au prix S+T+ARTS Africa 2025, cette installation immersive se présente sous la forme d’une constellation de récits, où cartographie, performance et danse se répondent, tandis que le spectateur est encouragé à traverser les archives africaines et diasporiques en ouvrant un espace où il se fait à la fois témoin et dépositaire de mémoires partagées.
Dans les faits, ce projet prolonge une recherche initiée avec Ancestral Algorithm (2019-2023), celle-ci ayant permis à Kidus Hailesilassie de collecter et de numériser plus de 6 500 signes issus d’une vingtaine de langues du continent africain. Dans Uncharted, ces fragments de mémoire ressurgissent aux côtés de gestes inspirés de l’Adowa, danse ashanti où le corps raconte autant qu’il transmet. Ici, l’Histoire n’est pas celle figée dans les pages sèches d’un livre : elle se danse, se performe, se réinvente. La mémoire devient mouvement et l’avenir, une fabulation collective.
Un haut fait d’arme
En 2023, Kidus Hailesilassie est invité à la 18ᵉ Biennale de Venise, dans la section « Guess from the future », aux côtés de Ainslee Alem Robson, pour présenter Ferenj, une mise à plat du métissage éthiopien-américain, que les créateurs incarnent, sans rechercher ni l’exercice de style, ni une extrême romantisation du récit. Comment construit-on son identité quand on est tiraillé entre deux pays et, pire encore, entre deux continents ? Quelle place prend la nostalgie dans notre développement quand on est issu d’une diaspora ? Quid de la mémoire ? Autant de questions sans réponses posées par Ferenj, une forme expérimentale de pensée émancipatrice qui fait le parallèle entre l’incapacité de la technologie à représenter des surfaces réfléchissantes et l’expérience personnelles des artistes ayant contribué à la présentation de cette oeuvre.