« Premier contact » est une série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d’accroche avec de jeunes artistes et leurs univers si singuliers. Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à l’artiste Lukas Truniger, compositeur électronique et technologiste créatif dont la pratique se situe à l’endroit même où la nature et les artifices se rencontrent.
Un élément biographique
S’il est né à Zurich, en 1986, Lukas Truniger vit et travaille désormais à Paris. Après une formation musicale au sein de l’Institut de musique et médias de Düsseldorf, il sort diplômé du Fresnoy – Studio national des arts contemporains, où il conçoit de 2013 à 2015 des installations, des performances audiovisuelles et des infrastructures spéculatives. Son terrain de jeu ? Les zones grises pouvant exister entre la nature, la culture et la technologie, qu’il donne à voir à travers des projets XXL. Pour Lukas Truniger, leur division n’est qu’illusoire ; son travail sert donc à créer des ponts là où on les pensait impossible. Résultat : des frontières encore plus floues, et une réalité toute nouvelle qui s’offre à nous.

Un projet
Avec l’artiste Bruce Yoder, Lukas Truniger imagine en 2024 Implausible rainbows: an exercise in skyscaping, une installation qui recrée artificiellement le phénomène atmosphérique de l’arc-en-ciel. À l’aide de lumières LEP (Laser Excited Phosphor), d’optiques de diffraction sur mesure, de miroirs rotatifs ou de brume, le duo réussit le tour de force de donner vie à un ciel synthétique et mouvant, presque aussi hypnotique que celui que l’on croise par hasard après une averse, tandis qu’une bande-son générative accompagne cette lente chorégraphie lumineuse pensée pour être contemplée sous tous les angles. C’est d’ailleurs là toute la magie de leur oeuvre : comme leurs cousins naturels, ces arcs-en-ciel artificiels dépendent de la position de celui qui regarde. Mais attention, il ne s’agit pas juste de recréer la poésie de la nature. Le projet n’est pas dénué de message politique, et pose notamment la question du contrôle du climat, entre fantasme d’ingénierie et désir ancestral d’imiter la nature.

Une récompense
En 2025, Lukas Truniger décroche le prestigieux Pax Art Award, distinction suisse dédiée aux arts génératifs et numériques, décernée par l’Art Foundation Pax en partenariat avec le HEK de Bâle. Le jury salue une pratique cohérente, capable d’articuler la poétique et la politique dans l’exploration du lien entre l’artificiel et le naturel. Une reconnaissance qui s’est accompagnée de 30 000 francs suisses et qui vient couronner un parcours déjà jalonné du Lumen Prize 2024 et d’une sélection au Prix Cube. À observer ses dernières créations – notamment Lost in Rasterized Translation et Archives of Infinite Perspectives, deux installations vidéo génératives et interactives -, nul doute que d’autres suivront.