« Premier contact » est une série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d’accroche avec de jeunes artistes et leurs univers si singuliers. Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à la vidéaste chinoise Yuyan Wang, passionnée d’art vidéo et soucieuse d’utiliser les nouvelles technologies pour comprendre le monde.
Un élément biographique
Née en 1989 à Qingdao, en Chine, Yuyan Wang se tourne assez naturellement vers la pratique artistique, en intégrant d’abord les Beaux-Arts de Chine avant de s’envoler pour le pendant parisien de son école, d’où elle sort diplômée avec les félicitations du jury en 2016. Là-bas, elle concentre sa pratique sur l’art multimédia, mêlant vidéo, performance et installations, en quête d’expériences immersives sans pareil. Inspirée par les films d’horreur, ainsi que par les différentes méthodes de bien-être prônées par des pseudo-scientifiques et autres coachs de vie, Yuyan Wang met en évidence l’absurdité de la vie, dont on rejette la banalité presque par réflexe. À l’inverse, elle, passée par le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, préfère embrasser cette soi-disant routine, dans un geste à la fois critique et ironique qui lui permet de mettre à bonne distance la culture de l’optimisme propre à notre époque.
Une oeuvre
Présenté dans le cadre de l’exposition Panorama 22, le court-métrage One thousand and one attempts to be an ocean s’inspire des vidéos « satisfying » d’Internet, ces formats courts, sorte d’ASMR visuels, censés à la fois hypnotiser et détendre. À l’aide d’images glanées sur le net, Yuyan Wang imagine une vague sans fin, et plonge le spectateur dans une transe océanique artificielle, à l’image de nos réseaux sociaux et du flux incessant de contenus dans lequel l’utilisateur se perd, voire se noie. « L’ambition du projet est de produire une tension visuelle hypnotique, résume l’artiste. La démultiplication des motifs va jusqu’à donner une forme d’enchevêtrement qui élargit la définition de la vague et ouvre sur une poétique entropique – celle du désordre immuable de nos vies contre l’organisation précise du réel. »
Un haut fait d’armes
Immense projet déjà présenté dans nos colonnes, The Feral s’apprête à filmer l’évolution de notre monde sur cent ans grâce à des artistes, des acteurs et une IA nourrit d’une multitude de capteurs. Lancée le 22 septembre dernier, l’expérience a été préfigurée par un long cycle débuté en 2023, baptisé The Foundations et conclut récemment par The Latent Earth, une série examinant le rôle du sensible au sein des sociétés contemporaines, régies par les algorithmes et les réseaux de connexion.
En juillet dernier, les artistes et futurs acteurs du projet The Feral se sont ainsi réunis afin de questionner les publics. Parmi eux, Yuyan Wang, qui a mené une conversation autour du sensible et dont les travaux vidéos ont été mis au centre de l’évènement. Quand on sait que Raphaël Siboni, Grégory Chatonsky ou Pierre Huyghe sont également de la partie, on comprend mieux la pertinence et la singularité d’une artiste qui fait appel aux technologies pour mieux décortiquer notre réalité.