La quatrième édition du Prix Art Éco-Conception vient de dévoiler ses lauréats, lors d’une cérémonie au Palais de Tokyo. Et parmi les douze primés, une place de choix est accordée aux artistes ayant un pied, ou deux, dans le numérique.
Depuis 2022, l’association Art of Change 21 récompense les artistes qui font de l’écologie le cœur de leur pratique. Un prix singulier dont la vocation n’est pas tant de récompenser que d’accompagner, en permettant à chaque lauréat de recevoir une dotation de 1 000 euros et, surtout, d’intégrer un programme de formation complet. Soit des échanges avec des experts, une réflexion sur le cycle de vie des œuvres, des matériaux, de leur conservation…Un dispositif déjà bien rodé qui se voit complété cette année par des « Visites circulaires » avec des acteurs de l’économie circulaire du Grand Paris. L’idée ? Que l’art pense son empreinte avant même de la laisser.

L’art numérique au cœur du dispositif
Au Palais de Tokyo, la dernière cérémonie a donc récompensé douze artistes aux pratiques allant de la céramique à la sculpture, de la performance à la vidéo. Quatre d’entre eux travaillent d’ailleurs à l’intersection du numérique et du réel, articulant leur œuvre autour d’une même question urgente : comment faire de l’art sans abîmer le monde qu’il entend représenter ? Quand Yue Cheng mobilise la photographie, la vidéo et les technologies numériques pour sonder les relations entre les humains et les écosystèmes, interrogeant de ce fait notre lien à la nature, le collectif Disnovation.org alterne plus volontiers entre les installations et les publications pour mettre à nu les contradictions de nos modes de vie contemporains, guidés par le productivisme, la data et la croissance infinie. Une œuvre-diagnostic, souvent inconfortable, certes, mais toujours nécessaire.
De son côté, Lou Fauroux s’attaque de manière générale à l’IA et à la technologie à travers la vidéo et la sculpture pour poser une question assez vertigineuse : que révèle-t-on vraiment lorsqu’on donne corps aux algorithmes ? Enfin, quatrième nom de cette nouvelle génération, Eugénie Touzé, découverte récemment au sein de l’exposition Oscilliations commissionnée par Clément Cogitore, développe une pratique entièrement consacrée aux transformations du vivant, de la croissance à la disparition, en passant par la mutation. Le tout via deux médiums : la photographie et la vidéo. Façon de rappeler que l’art le plus fascinant à l’heure actuelle est aussi et surtout une histoire de croisements.