Des corps qui se transforment, des identités qui se fragmentent, des récits qui mutent. Deux mille ans après leur écriture, Les Métamorphoses d’Ovide continuent d’irriguer l’imaginaire contemporain. Aujourd’hui, ce ne sont toutefois plus les pinceaux qui traduisent ces récits de transformation, mais bien les algorithmes, les images générées par ordinateur et les mondes virtuels. Alors, que devient le mythe lorsqu’il passe à l’ère numérique ?
Des humains transformés en arbres, des femmes devenant sources, des dieux prenant mille et une formes… Depuis l’Antiquité, les histoires d’Ovide racontent un monde instable, où tout est en mouvement, où rien n’est figé. Une vision du vivant, fluide et changeante, qui trouve un écho dans les technologies numériques. Après tout, l’intelligence artificielle et les images génératives ne sont-elles pas elles aussi des machines à métamorphoses ? Réponse avec ces cinq oeuvres.

The Flute-Singing – Carola Bonfili
Dans The Flute-Singing, Carola Bonfili imagine une créature hybride, entre extraterrestre et conscience, qui évolue dans un univers proche du jeu vidéo. Le récit, partiellement généré par intelligence artificielle, détourne les mythes antiques, les triture et finit par en générer de nouvelles versions. Comme chez Ovide, l’identité ici se transforme sans cesse, tandis que le personnage semble traversé par des fragments d’histoires qui lui échappent.

Spawn – Juul Kraijer
Avec Spawn, l’artiste néerlandaise Juul Kraijer, formée à l’Académie des Beaux-Arts de Rotterdam et particulièrement active dans le monde de l’art vidéo, représente un corps en mutation, inspirée de la figure de la Méduse. Les attributs de cette créature semble se multiplier, comme si elle engendrait d’autres formes de vie. Impossible dès lors de ne pas penser aux Métamorphoses, à ce moment où les frontières entre espèces disparaissent, à cette façon d’envisager la transformation, non pas comme un instant spectaculaire, mais tel un état fragile, suspendu.

This Jellyfish Does Not Exist – Entangled Others
Dans son projet This Jellyfish Does Not Exist, le collectif Entangled Others utilise l’intelligence artificielle pour générer des méduses fictives. Aussi crédibles puissent-elles paraître, ces créatures n’existent pourtant pas dans la nature. Les formes, inventées de toute pièce par les algorithmes, se multiplient et se recombinent sans fin. Comme dans les récits antiques, Entangled Others dresse le portrait d’une nature capable de se réinventer à l’infini, et c’est sublime !

Serpenti Metamorphosis – Refik Anadol
Dans cette installation immersive réalisée pour la maison de joaillerie Bvlgari, Refik Anadol transforme le symbole emblématique de la griffe italienne – le serpent – en un flux d’images génératives, où les motifs apparaissent, se dissolvent puis renaissent en un mouvement continu. L’idée ? Faire de la métamorphose un spectacle de données, où les formes se recomposent sans cesse, enveloppant les spectateurs pour mieux les hypnotiser.

Nina et les robots – Cindy Coutant
Avec l’installation Nina et les robots, Cindy Coutant imagine un récit où les humains et les machines se réunissent le temps d’une même danse. Pour cela, l’ancienne étudiante du Fresnoy, inspirée par Donna Haraway et la science-fiction, s’appuie sur des personnages dénudés, qui évoluent dans un monde où les identités deviennent hybrides. Comme dans les mythes antiques, la transformation révèle ici une nouvelle condition, aussi inattendue soit-elle.