Colombienne établie à Bruxelles, Laura Colmenares Guerra vient de décrocher l’Award of Distinction dans la catégorie « Digital Humanity » du Prix Ars Electronica 2026. Sa particularité ? Avoir réalisé R€¥€R$€, une œuvre en réalité virtuelle pointant du doigt les conséquences de de la déforestation.
Depuis 1987, le Prix Ars Electronica s’est imposé comme l’une des compétitions de référence à l’intersection de l’art, de la technologie et des enjeux de société. Un statut qui se confirme encore cette année, puisque le prix a reçu 4 329 candidatures venues de 106 pays… Parmi elles, une s’est particulièrement distinguée. Développée en 2024 par Laura Colmenares Guerra, R€¥€R$€ est une œuvre en réalité virtuelle de trente minutes qui plonge le spectateur dans les tensions écologiques et économiques du bassin amazonien en se basant sur des environnements virtuels, des archives documentaires et des cartographies construites à partir de données géospatiales ouvertes.

L’Amazonie comme cheval de bataille
Formée à l’Université des Andes de Bogotá, Laura Colmenares Guerra a construit son parcours entre la Colombie et la Belgique. Installée à Bruxelles depuis le début des années 2000, elle a d’abord arpenté la scène techno expérimentale de Bogotá en tant que vidéo-performeuse avant de développer une pratique de plus en plus ancrée dans l’installation interactive. Depuis, un fil rouge traverse toute sa création : la nature. Un vaste sujet que l’artiste de 48 ans déploie notamment dans des installations XXL pensées pour mettre les visiteurs face à une terrible réalité. : notre responsabilité collective vis-à-vis des écosystèmes.

Une œuvre politique
Depuis 2018, son travail s’est notamment resserré autour du bassin amazonien à travers la trilogie Ríos. Dans ce contexte, R€¥€R$€ met en scène la manière dont les systèmes de pensée occidentaux ont façonné les récits sur cette région, superposant aux réalités locales des couches d’imaginaire colonial et d’appétit capitaliste. Le titre, lui même, envoie un signal fort : des symboles monétaires incrustés dans le mot reverse, comme si l’on ne pouvait parler du territoire sans faire apparaître les flux d’argent qui le traverse, et les enjeux de pouvoir qui l’alimentent.
Un message déjà puissant renforcé par ce prix, comme l’a expliqué l’artiste : « J’espère que cette reconnaissance contribuera à mettre en lumière l’importance du bassin amazonien et le rôle fondamental des peuples autochtones qui le protègent. Leur résistance face au racisme, à la colonisation et à l’extractivisme est aussi une défense de la vie et de notre avenir commun. » S’intéresser aux propos d’une telle artiste, en connexion avec l’époque et ce qu’elle exige, est la politesse que nous lui devons.