Décerné en partenariat avec Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains, le prix de la Révélation Art numérique – Art vidéo de l’ADAGP vient d’être décerné à Félix Côte, élève de la Promotion Vera Molnár. Une juste récompense pour ce jeune artiste français, 32 ans, dont l’œuvre Le Roi se meurt questionne par le son le souvenir d’un lieu.
Si vous ne deviez retenir qu’un seul son de votre maison d’enfance, lequel serait-il ? Le bruit d’un parquet qui grince, d’un carillon virevoltant au vent, d’une poignée qui se tourne ? Pour l’artiste multimédia Félix Côte, ce serait le craquement d’une chaise en bois du salon. « Au fil des ans, chacun de ses déplacements a produit un crissement régulier, désormais imprimé dans la mémoire des lieux, raconte-t-il sur son compte Instagram, S’il fallait se souvenir d’un seul son pour évoquer la maison, aujourd’hui mise en vente, ce serait sûrement celui-ci. »
Inspiré par la pièce Le Roi se meurt d’Eugène Ionesco, cette mise en scène signée Félix Côte anticipe la vie dans un foyer sans son membre le plus bruyant grâce à l’enregistrement sonore de son crissement, décuplé grâce à une installation visuelle et sonore plongeant au plus profond de l’intimité de l’artiste.

Une exploration audiovisuelle de l’intime
Née en 1993 à Angoulême, Félix Côte est issu d’un parcours hybride situé entre art et science, deux disciplines qui se rejoignent dans son travail plastique. En 2024, le court-métrage Delete Forever s’appuyait sur des centaines de vidéos amateur supprimées de YouTube, tandis qu’ALFRED (2019) mettait en scène un algorithme qui, doté d’une caméra, était condamné à créer sans arrêt du sens à partir de ce qu’il observait.
Intéressé par le détournement du numérique et des nouvelles technologies, Félix Côte réalise ainsi des œuvres ouvertement critiques, au sein desquelles se distinguent quelques-unes de ses obsessions : mettre le public face à ses propres pratiques sur Internet, dénoncer l’aspect capitaliste des espaces virtuels et interroger la question de l’archive à l’heure de la sur-numérisation. C’est d’ailleurs cette thématique qui lui a inspiré Le Roi se meurt, qui se présente finalement sous la forme d’une archive acoustique mise en scène, conçue à partir d’enregistrements de sa propre maison familiale reproduisant, inlassablement, le son d’une chaise en bois sur le carrelage du salon.

Aller au-delà des machines
Exposée actuellement au Fresnoy, Le Roi se meurt est l’un des climax émotionnels de l’exposition Panorama 27, visible jusqu’au 4 janvier 2026. Un temps long qui devrait permettre à Félix Côte de toucher un large public, mais aussi de mettre à profit tout ce que provoque le prix Révélation Art Numérique – Art vidéo de l’ADAGP. Soit une dotation de 5 000 euros, ainsi qu’une présentation dédiée à l’ADAGP, accompagnée d’un texte critique ou de prises de vue de son travail. Autant dire que l’on n’a pas fini d’entendre parler de cet artiste qui, dit-il, cherche à « déceler ce que les machines font peu, font mal ou ne savent pas faire ».
- Panorama 27, jusqu’au 04.01.26, Le Fresnoy, Tourcoing.