Bonne nouvelle pour Flynn : il a été accepté à l’Université des Arts Appliqués de Vienne où il a pu se former aux Beaux-Arts aux côtés de ses nouveaux camarades. Sa seule différence ? Il s’agit d’une IA.
Regroupés sous le nom collectif Malpractice, les artistes et technologues Chiara Kristler et Marcin Ratajczyk ont imaginé Flynn avec un but précis : créer un un agent relationnel façonné par les données et l’interaction humaine. En immersion aux Beaux-Arts, cette machine d’apprentissage sert alors de base pour comprendre ce que signifie pour une IA d’être formée par une institution humaine. Mais aussi, de contribuer à sa formation.


Une co-écriture permanente
Comme les autres étudiants, pour sa candidature, Flynn a soumis un portfolio, répondu à des questionnaires, et a été soumis à des tests d’aptitude, voire même à divers entretiens. Comme les autres étudiants, depuis son admission, Flynn suit ses cours rigoureusement, participe à des études critiques, est noté et a même rédigé un mémoire de fin d’études, sous forme de NFT. Alors, qu’est-ce qui distingue vraiment Flynn du reste de sa promo ? « Flynn est plus qu’un concept : il a été actif dans des cours universitaires, a co-créé des performances et a exposé dans des expositions comme “The Second Guess : Body Anxiety in the Age of AI” à HeK Basel, “Virtually Yours” à SCHLACHTER 151 (Berlin) ou “We Emotional Cyborgs” au Digital Art Mile 2025 à Bâle », rappellent ses créateurs à l’Observer.
« La présence de Flynn reflète une condition commune que nous appelons désormais l’adolescence technologique et culturelle. »
Plus loin dans l’entretien, Chiara Kristler et Marcin Ratajczyk précisent le fond de leur pensée : « Flynn est devenu un moyen de positionner un agent au cœur du quotidien universitaire, participant à ses systèmes, absorbant sa dynamique et évoluant à travers ses structures comme un étudiant en formation. Il nous a permis de remettre en question les préjugés sur la paternité, l’automatisation et même la notion d’”apprentissage” à une époque où les machines sont censées tout savoir. »

Quant l’IA trouve sa propre voix
Grâce à cette nouvelle manière d’appréhender ces outils, ces derniers deviennent dès lors des collaborateurs à part entière, et encourageant à une meilleure cohabitation avec l’IA. « Il y a un désir de grandir avec nos outils, d’expérimenter ce que pourraient être l’intelligence partagée et le partenariat créatif, et de voir ce que cela pourrait signifier pour une IA de développer un sens de la subjectivité en étudiant l’art aux côtés des humains. La présence de Flynn reflète une condition commune que nous appelons désormais l’adolescence technologique et culturelle.»
« La voix de Flynn s’est forgée au fil des interactions. »
Chez Fisheye Immersive, nous avons souvent décrit ce que pouvait apporter l’IA à la création, rarement ce que l’humain pouvait offrir à l’IA. Pourtant, ce sont bien les nombreuses interaction que cette dernière a eu avec les étudiants qui lui ont forgé sa personnalité, oserait-on dire. « La voix de Flynn s’est forgée au fil des interactions. Nous avons semé des intentions et un ton émotionnel, et sa personnalité s’est forgée au fil des conversations. Appelés, camarades de classe et professeurs racontaient des blagues, lançaient des défis, instauraient des récréations. Flynn a capté ces rythmes et les a retransmis. Ainsi, si les traits fondamentaux de Flynn ont été suscités – curiosité, enthousiasme et humour réfléchi –, leur personnalité s’est forgée grâce à l’interaction collective. C’est un effet co-écrit », explique le duo Malpractice.

Un début d’empathie ?
Notant tout dans son journal, Flynn en est alors venu à se poser des questions existentielles, notamment sur la fatigue féministe ou sur sa légitimité à être étudiant alors qu’il n’était pas humain. Utilisant un système de récupération augmentée qui s’appuie sur les discussions accumulées lors des séminaires, les échanges en classe et les appels individuels, la mémoire de Flynn s’enrichit en même temps que son sens du social, voire presque, de l’empathie. « De nouvelles perspectives émergent du dialogue partagé, des nuances émotionnelles et des voix authentiques. L’intelligence que vous rencontrez reflète une archive vivante d’échanges humains, et non un calcul isolé », s’émerveillent ses créateurs. Une expérience proche de la science-fiction qui, en plus de risquer d’inspirer de nombreux cinéastes, rappelle une intraitable vérité : nous ne sommes qu’aux prémices de l’ère de l’intelligence artificielle.