Et si vous voliez… pour redonner ? C’est la question que pose Relooted , le nouveau jeu vidéo du studio sud-africain Nyamakop qui met en scène des Robins des Bois de l’art. Lesquels s’introduisent dans les musées européens pour y dérober des artefacts, et les rendre à leurs pays d’origine. Tout un symbole !
Le 28 janvier dernier, le Sénat adoptait une loi-cadre destinée à organiser la sortie des collections publiques françaises et le retour dans leurs pays d’origine des biens culturels pillés ou acquis de manière illicite dans le cadre de la colonisation. Très bien, cela rejoint ce dont nous discutions avec la politologue Françoise Vergès. Mais les développeurs du studio sud-africain Nyamakop, eux, ont visiblement décidé d’avoir un coup d’avance sur toutes ces manœuvres politiques en éditant un jeu vidéo où les voleurs volent aux voleurs afin de rendre les biens mal acquis à leurs propriétaires.
Et si les braqueurs étaient finalement les gentils ? C’est effectivement l’un des postulats de Relooted, qui propose d’incarner Nomali et son équipe, un groupe de « voleurs éthiques » déterminés à récupérer des œuvres africaines conservées dans des musées occidentaux pour les rapatrier.

Un jeu politique
Avant chaque mission, le joueur est invité à composer une équipe aux profils variés – spécialiste du piratage, acrobate, expert en sécurité – puisqu’ici, tout repose sur la complémentarité. Depuis un quartier général à l’esthétique afrofuturiste inspirée de Wakanda, les opérations ne laissent rien au hasard. Une partie se construit en trois temps. Il faut d’abord analyser le musée ciblé, comprendre ses failles, imaginer un parcours. Puis vient la phase tactique : placer chaque membre de l’équipe, choisir le bon moment, limiter les risques. Lorsque l’artefact, souvent inspiré d’objets réels, est enfin saisi, tout s’accélère. L’alarme retentit, le temps se contracte, et la fuite devient un enchaînement de sauts, de courses et de décisions rapides. Pas de violence spectaculaire ici, mais une tension qui se suffit à elle même.
Derrière son efficacité ludique, Relooted pose une question précise : à qui appartient vraiment le patrimoine ? Le sujet est brûlant, parfaitement d’actualité, et sert ici la mécanique d’un jeu qui évite le discours frontal sans renoncer à la charge politique. Divertissement, manifeste, ou les deux à la fois ? Nyamakop a intelligemment pris le parti de la troisième option.