Jusqu’au 4 octobre prochain, Arles reprend sa place estivale de capitale mondiale de la photographie. Sous le mot d’ordre « Des mondes à relire », la 57ème édition des Rencontres convoque la mémoire, ses zones d’ombre, ses trop-pleins, et s’ouvre par instants à des installations vidéo. Focus sur trois expositions à ne pas louper.

Stan Douglas – Bodies Never Lie
Au LUMA Arles, Stan Douglas règle ses comptes avec l’Histoire. Au cœur de l’exposition se déploie une nouvelle production filmique, Exquisite Corpse, véritable plongée dans le flamenco espagnol des années 1950, sous la dictature franquiste. L’occasion pour Stan Douglas d’envisager la danse comme un espace d’expression codifiée, façonné par la censure et les enjeux identitaires. Le corps y trouve son propre langage, la danse remplace les mots. S’appuyant sur des dispositifs cinématographiques sophistiqués et une narration caractérisée par des points de vue mouvants et des temporalités multiples, l’artiste canadien démontre, une fois de plus, que les images mentent parfois moins que les paroles. Et que le corps, lui, ne triche jamais.

Clément Cogitore – Memory Palace
Du côté de l’Espace Van Gogh, Clément Cogitore ausculte la mémoire occidentale. Son exposition, Memory Palace, réunit ainsi 400 heures de séquences amateurs puisées dans des archives publiques et privées d’Europe et des États-Unis, datant de l’après-guerre, auxquelles s’ajoutent de courtes séquences générées par une IA nourrie de ces mêmes archives. Familles, vacances, gestes anodins… Autant d’images, supposément innocentes, que la machine vient discrètement recomposer. « Qu’est-ce que la caméra cherche à retenir, quand elle n’a pas de projet narratif et qu’elle cherche juste à saisir des instants de bonheur ? », interroge l’artiste. Ni tout à fait vraies, ni tout à fait fausses, ces images-là ne racontent rien, sinon le bonheur éphémère d’un instant.

Camille Henrot – In The Veins
Jusqu’au 10 janvier, le LUMA présente en avant-première européenne In The Veins, le nouveau film de Camille Henrot (lire le 80ème numéro de notre newsletter éditoriale), coproduit par l’institution arlésienne. Le point de départ ? Ce décalage presque enfantin entre les animaux des abécédaires et ceux qui, dans la réalité, s’éteignent peu à peu. De ce paradoxe, l’artiste tire une méditation sur le deuil écologique, qui n’est pas ici vécu seulement comme une catastrophe abstraite, mais comme une émotion domestique, nichée dans le soin porté aux enfants et au vivant.