Du 8 au 9 juillet, Avignon a une nouvelle fois accueilli les Rencontres Spectacle Vivant, Scènes Numériques. Parmi les showcases présentés, plusieurs créations ont convergé vers une même obsession : celle du corps féminin, sondé, doublé, mis en scène par la technologie.
Organisées par Dark Euphoria aux côtés du Grenier à Sel, de la Villa Créative et de l’Université d’Avignon, en plein coeur du Festival d’Avignon, les Rencontres SVSN s’imposent, le temps de deux journées, comme le rendez-vous incontournable de la scène hybride française. Table rondes, keynotes, pitchs et showcases artistiques s’y succèdent afin d’interroger la place grandissante des technologies immersives (XR, capture de mouvement, doubles numériques, intelligence artificielle etc) dans les écritures plurielles du spectacle vivant. À l’occasion de sa sixième édition, la manifestation a souhaité suivre un fil rouge qui traverse discrètement la programmation : celui du corps féminin, porté par de nombreux créateurs et créatrices.

Avatars, doubles et femmes fatales : le corps réinventé
Deux pièces interrogent en effet la construction de l’identité en fonction du regard, réel ou algorithmique, qui s’exerce sur les femmes. Livré pour vous, récits de corps féminins, porté par Cécile Morelle et Édouard Peurichard (Compagnie Le Compost), lauréats du Prix SVSN 2025, tisse ainsi un journal intime à plusieurs voix : celles de femmes d’âges et d’horizons variés, recueillies puis transformées en matière scénique par deux interprètes (une comédienne sourde et une comédienne entendante) qui manient la vidéo en temps réel et convoquent la motion capture. Le spectacle, aussi pensé pour un public adolescent, aborde avec légèreté et humour ce rapport que chacune entretient avec son propre corps.
Dans un registre plus contemplatif, l’artiste taïwanaise Coco Chen propose avec Cléo une relecture numérique du classique d’Agnès Varda, Cléo de 5 à 7. Ce n’est ni totalement de la réalité mixte, de la danse ou du dessin, mais un formidable alliage de ces trois disciplines, permettant à la performeuse de dialoguer avec son propre avatar virtuel pour poser (et tenter de répondre) à une question on ne peut plus d’actualité : sous l’œil des réseaux et des mondes numériques, comment se reconnaître soi-même ?

Le spectacle et son double numérique
D’autres créations, elles, préfèrent convoquer des figures mythifiées pour mieux les faire vaciller. La compagnie italo-suisse AiEP, menée par Ariella Vidach et Claudio Prati, revisite ainsi le ballet Coppélia et son inquiétant sous-texte grâce à un système de capture de mouvement markerless. Avec Koppelia_giardino13, la poupée mécanique du conte originel se mue alors en un double ambivalent, à la fois objet de désir et jumeau numérique généré par ordinateur. Même vertige du côté de Film Noir – Catherine, signé Susana Panadés Diaz (Compagnie Gilles Jobin et Studio 44 MocapLab de Genève), dans lequel la danseuse façonne une femme fatale digitale héritée du cinéma noir hollywoodien, prise dans un jeu sans fin d’ombres, de reflets et d’apparitions. Ou comment s’appuyer sur la performance live, l’imagerie cinématographique et le corps numérique pour rejouer, et déjouer, les codes de la séduction à l’ère des avatars.