Au-delà des romans, la rentrée littéraire est aussi l’occasion d’accueillir en librairie des essais et des monographies qui participent à la documentation et à l’analyse de la création numérique contemporaine. Présentation non exhaustive des livres qui ont retenu l’attention de la rédaction de Fisheye Immersive.
Si l’intelligence artificielle occupe une fois de plus toutes les préoccupations, avec une flopée de livres plus ou moins sérieux, plus ou moins opportunistes, dédiés au sujet – en prime, un manga consacré à la vie d’Alan Turing -, peu se démarquent par leur rigueur et l’originalité de leur réflexion. Citons toutefois, sous un vernis quelque alarmiste, Un taylorisme augmenté : critique de l’intelligence artificielle, essai permettant à Juan Sebastián Carbonell de tisser des liens entre l’IA et les usines d’Henry Ford, animées toutes les deux par une même répartition des tâches, un système organisationnel qui régit tout, et un même désir de contrôler l’ensemble des différents domaines de la production.

Catalogue d’exposition et monographies
Côté coup de cœur, c’est toutefois vers quatre autres livres que notre intérêt se porte. Il y a d’abord le catalogue d’Into The Light, exposition dont ne dira jamais assez à quel point elle a marqué la première moitié de 2025 avec ses œuvres lumineuses, d’une ampleur et d’une maîtrise inégalées – l’ouvrage devient dès lors, non pas un simple souvenir, mais un excellent moyen de créer un écho avec la pensée de quelques philosophes (Étienne Klein, par exemple), tout en plongeant dans les coulisses des travaux présentés par 1024 Architecture, Visual System ou encore Christopher Bauder et Robert Henke.
Chez les libraires, du moins les plus spécialisés d’entre eux, on ne peut que conseiller également de se procurer les monographies de Samson Young (Intentness and Songs) et Shu Lea Cheang, (KI$$ KI$$), ne serait-ce que pour comprendre ce qui se joue dans le cerveau agité de ces grands noms de l’art multimédia et du Net.art.

De beaux livres
À propos des monographies, on s’avoue également être particulièrement fan des deux derniers ouvrages de Pascal Greco (PhotographIe, Jeu vidéo, Paysage) et Laure Prouvost (Au fort les âmes sont). Le premier parce qu’il détaille la manière dont le photographe français s’immisce au sein des jeux vidéo pour capter des environnements qui font écho au réel ; le second parce qu’il se situe à l’exacte intersection entre le livre d’artiste et le catalogue d’exposition.
« L’ouvrage a été pensé comme une promenade visuelle menant du Vieux-Port de Marseille jusqu’au fort Saint-Jean et au cœur même de chaque œuvre, explique la maison d’édition, Hélia Paukner. Pour restituer cette rencontre entre l’artiste Laure Prouvost et le Mucem, le dialogue se joue en permanence entre l’extérieur, la mer, la pierre du fort, et l’intérieur, l’intimité des installations qui se déploient dans l’air, dans les entrailles de la terre et sous l’eau… » En résulte un livre poétique et sensible, presque une déambulation sensorielle.

L’IA au cœur du roman
Enfin, c’est un étrange roman de Serge Tisseron qui nous a séduit cet été ; Le jour où j’ai tué mon frère. Un livre où, là encore, l’IA joue un rôle clé, cette dernière permettant à l’auteur de recréer une photographie dont il garde un souvenir précis sans pour autant parvenir à remettre la main dessus. Au fil des pages, les semaines passent et Serge Tisseron finit par tomber sur l’image originale, foncièrement différente de celle recréée informatiquement. D’une simple anecdote, finalement commune à quiconque tente de se reconnecter avec son passé, Le jour où j’ai tué mon frère se mue en une réflexion, intime et philosophique, sur la capacité des IA à redonner vie à nos pensées les plus lointaines – si ce n’est les plus enfouies.
- Cet article est en grande partie extrait du numéro 58 de notre newsletter éditoriale.