Fondée en 2015 par les entrepreneurs espagnols Ana Gervás et David Cantolla, la Colección SOLO, à Madrid, s’attache à refléter un monde hyper-informé et hyperconnecté, un monde où les frontières culturelles s’estompent et où s’entremêlent expressions classiques et contemporaines, éléments organiques et artificiels. SOLO ouvre donc grandes ses portes aux artistes digitaux, qui y présentent régulièrement des œuvres étonnantes, parmi les plus fascinantes produites cette dernière décennie.
Parallèlement à l’ouverture d’un vaste espace à Madrid, baptisé SOLO CSV et aménagé dans les locaux d’une ancienne imprimerie transformée en lieu d’exposition semi-privé, SOLO dévoile Barjola, an apocryphal portrait, une exposition consacrée à cette figure majeure de la Nouvelle Figuration et de l’expressionnisme espagnol. Pour mieux faire comprendre les intentions du peintre, le parcours met en résonance l’œuvre de Barjola avec celles de plus de vingt artistes internationaux représentés au sein de la Colección SOLO, dont une belle poignée d’artistes numériques.

Cette démarche n’a ici rien d’exceptionnel : « Dès les débuts de la collection, il y a plus de dix ans, Ana Gervás et David Cantolla ont intégré des œuvres numériques aux côtés d’autres médiums – peinture, sculpture, céramique, entre autres – qui pouvaient contribuer au récit de la collection », précise Oscar Hormigos, directeur de la Colección SOLO. Aujourd’hui, les œuvres nées des technologies informatiques représentent environ 12 % de la collection, qui compte au total quelque 1 300 pièces : une proportion significative permettant aux commissaires de créer des ponts dans le temps et de mettre en regard des préoccupations artistiques ou sociales de diverses époques, pour mieux en saisir l’importance.
« Nous pensons qu’une collection contemporaine comme la nôtre, qui ambitionne de parler du présent, doit inclure des œuvres numériques, façonnées grâce à des outils actuels, pour mettre en valeur de nouvelles voies créatives et favoriser des expérimentations, note Oscar Hormigos. Par ailleurs, comme pour tous les autres médiums de la collection, nous recherchons des œuvres numériques capables de provoquer de nouvelles sensations et de nous transporter vers des territoires encore inexplorés. »

Une autre lecture du Jardin des délices
Pour y parvenir, les fondateurs ont élaboré un casting hors pair : AES+F, Andrés Denegri, Botto (Mario Klingemann), Cassie McQuater, Cool 3d World, Adam Cole, Gregor Petrikovič, Asher Levitas, Çağrı Taşkın… ainsi que le collectif néerlandais SMACK (Ton Meijdam, Thom Snels et Béla Zsigmond), représenté ici par un triptyque majeur, foisonnant de détails : SPECULUM. « Les artistes y transposent Le Jardin des délices, le chef-d’œuvre de Jérôme Bosch, au XXIᵉ siècle, en proposant une vision numérique de l’Éden, du Paradis et de l’Enfer qui reflète les réalités actuelles. Le panneau central, Paradise, a été créé en 2016 pour le Museum of the Image aux Pays-Bas. Colección SOLO l’a acquis en 2017 et a soutenu le collectif dans la création des deux autres panneaux, Eden et Hell, complétant ainsi l’œuvre dans son intégralité », détaille Oscar Hormigos. Tel un miroir de notre société contemporaine, SPECULUM nous confronte aux icônes de la culture populaire, et prolonge de fait le rôle réflexif que tenait l’œuvre originale de Bosch à son époque.
« Cette pièce a également initié un projet plus vaste mené par SOLO, dédié à l’influence persistante du Jardin des délices, via des interprétations contemporaines d’artistes du monde entier. » Très demandée, l’œuvre a déjà été exposée à la NGV Melbourne, au Matadero Madrid, à Paris lors de la Nuit Blanche, au cœur de la Biennale Chroniques, et chez Colnaghi à Londres. Oscar Hormigos est particulièrement fier d’en prendre soin, mais, dit-il, elle n’est pas la seule œuvre à lui tenir particulièrement à cœur : « Nous sommes également très honorés de posséder Appropriate Response du pionnier de l’IA Mario Klingemann, que nous présenterons à Art Basel Miami. Cette installation interactive explore la quantité de sens pouvant être transmise en seulement 120 caractères, générés par une intelligence artificielle en réponse à toute personne qui s’agenouille devant elle. Enfin, je mentionnerais la série Deemona de Chino Moya, actuellement présentée à la Saatchi Gallery à Londres, et en particulier Infonic Harmonisation, dans laquelle une intelligence synthétique reconstruit une civilisation idéale selon sa propre perspective. » D’origine espagnole mais basé à Londres, Chino Moya s’est notamment distingué en 2014 en réalisant le clip du single Digital Witness de St. Vincent.

L’art numérique, à tout prix ?
Au-delà de sa collection exceptionnelle, SOLO envisage de faire rayonner les artistes numériques talentueux qui participent, partout, à lui donner ses lettres de noblesse, notamment grâce à la création du SOLO AI Award : « Le prix a été créé en 2022 et a pour mission d’explorer l’intersection entre les pratiques créatives contemporaines et l’intelligence artificielle, à travers une compétition internationale dédiée à l’art numérique et aux nouveaux médias. »
L’édition 2025 a été remportée par l’artiste roumain installé à Lisbonne Cezar Mocan, qui présentera son œuvre en janvier à SOLO CSV, tandis que les deux premières éditions avaient consacré l’artiste allemand Lars Nagler et l’artiste slovaque-britannique Gregor Petrikovič. De simples distinctions symboliques ? Oscar Hormigos veut croire au croire que ce prix attire chaque année davantage les regards du monde entier sur SOLO et renforce son statut d’acteur clé de l’art numérique contemporain.