Depuis décembre 2011, le studio Nonotak façonne des environnements où la lumière, le son et l’espace ne font plus qu’un. À la croisée de l’installation, de la performance et de l’architecture, Noemi Schipfer et Takami Nakamoto développent un langage immersif singulier, où la perception vacille, et où la technologie s’efface pour laisser place à une expérience sensible.
Aux prémices de Nonotak, duo d’artistes installé à Paris, réside une rencontre nourrie d’une complémentarité, l’idée initiale de leur collaboration étant de concevoir des œuvres qui combineraient leurs différentes approches : visuelle de Noemi Schipfer, spatiales et sonores de Takami Nakamoto. Très vite, le duo franco-japonais trouve dans l’installation un terrain d’entente. Leurs premières créations posent les bases d’une recherche qui ne les quittera plus. Créer des environnements mouvants, presque insaisissables, où le regard peine à se fixer.
« Le concept était de créer un espace immatériel, constamment en mouvement », précisent-ils. Dès le départ, une exigence s’impose. Celle d’une synchronisation rigoureuse entre le son et l’image, pensée non comme un simple accompagnement, mais comme une fusion. L’espace évolue en un terrain d’expérimentation où l’image et le son s’entrelacent. Cette volonté devient leur signature. Une écriture qui ne distingue plus vraiment les disciplines, mais les fait dialoguer vers une même direction.

La lumière comme langage
Au cœur de leur pratique, la lumière s’impose comme une évidence. « La Lumière est la thématique principale dans notre travail. Nous cherchons à l’explorer de différentes manières dans chacune de nos œuvres », affirment-ils. Une évidence qui se traduit par une exploration constante de ses états, de ses directions et de ses effets sur l’espace. Projection, sources directes, reflets ou ombres… Chaque œuvre devient un laboratoire où la lumière façonne l’architecture autant qu’elle la révèle. « L’intégralité de nos œuvres comporte également une dimension sonore, qui est très précisément synchronisée avec les mouvements et animations de la lumière afin que les deux ne fassent qu’un. » Ainsi, le son agit comme un vecteur émotionnel. Il donne du rythme, amplifie les tensions, guide le regard. À l’image de Narcisse, exposée il y a un an dans le cadre de l’exposition Into The Light à la Villette.

Leur processus créatif reste volontairement intuitif. La plupart des projets naissent d’une sensation ou d’une expérience qu’ils souhaitent éprouver eux-mêmes avant de la partager. À l’inverse, lorsqu’un lieu impose ses contraintes, ils s’en emparent comme d’un point de départ. L’espace devient alors moteur de création, influençant directement la forme finale. Cette attention au contexte se retrouve dans leur installation récemment inaugurée OCEAN, imaginée pour la station de métro parisien de L’Haÿ-les-Roses. Ici, la lumière accompagne le déplacement des corps, évoluant au fil de la descente ou de la montée d’un escalator et transformant un trajet quotidien en expérience visuelle.

Vers des expériences totales
Si leurs œuvres ont rapidement circulé à l’international, certaines ont joué un rôle majeur dans le parcours commun de Noemi Schipfer et Takami Nakamoto. « La combinaison de notre installation DAYDREAM V.2 et notre performance LATE SPECULATION en 2013 à étant un énorme début pour notre carrière. Ces 2 premiers projets ont posé les bases de notre identité artistique et nous ont fait voyager dans le monde entier pour présenter notre travail », confient-ils, toujours d’une même voix.
Actuellement, DAYDREAM V.6 se dévoile en Europe de l’Est – au Light Art Museum de Budapest et à l’Immersive Museum de Sibiu en Roumanie – et prolonge cette série initiée dès leurs débuts en explorant une fois encore les effets de répétition et de profondeur. Mais c’est sans doute l’évolution vers des formats plus amples qui marque aujourd’hui un tournant. Leur exposition personnelle au Sehwa Museum of Art à Séoul en 2025 en témoigne. « Une seule œuvre ne suffit plus pour comprendre le spectre de nos interventions. » Le format d’exposition leur permet alors de penser un parcours, une scénographie, une narration de la lumière.

En parallèle, la performance reste un espace d’expérimentation essentiel. Plus directe, plus physique aussi, elle introduit la présence du corps dans des dispositifs souvent perçus comme abstraits. Une manière de réinjecter du vivant dans des environnements pourtant très contrôlés. « La partie performance nous permet d’explorer un aspect plus live, dynamique et musical », explique le duo. Un rapport direct au public, hérité notamment du parcours musical de Takami Nakamoto, ancien guitariste du groupe de métal Doyle Airence.
Sans jamais se soucier des catégories, Nonotak poursuit une trajectoire cohérente, guidée par une certaine curiosité et exigence. Dans un contexte où l’art immersif tend parfois à se focaliser sur la prouesse technologique, leur position est claire. Le véritable enjeu réside ailleurs, dans la capacité des œuvres à produire une expérience sensible, précise, et durable.