Et si une forêt pouvait s’appartenir à elle-même ? Avec le projet « terra0 : Autonomous Forest », la Fondation d’art LAS et le collectif berlinois terra0 transforment cette fiction en réalité à travers la création d’une œuvre d’art vivante, hybride, où l’écologie rencontre la technologie blockchain.
À Reesdorf, près de Beelitz, en Allemagne, deux parcelles boisées ont été confiées à un nouveau type de gouvernance, ni publique, ni privée. Mais complètement autonome. Présenté à l’occasion de la Semaine des sciences de Berlin, le projet « terra0 : Autonomous Forest » propose un basculement inédit, faisant d’une forêt administrée par une DAO – une organisation autonome décentralisée – un espace reliant art, droit et technologie. Le tout, via un dispositif de responsabilité partagée.
À l’origine, le projet prend sa source dans un questionnement aussi simple que vertigineux : « Que signifierait pour une forêt de se gérer et de se posséder elle-même ? ». Depuis 2016, le collectif terra0 tente d’y répondre et explore cette hypothèse dans un livre blanc visionnaire où les écosystèmes deviennent des entités capables d’autonomie, de décision, et de propriété. Commandée par la LAS Art Foundation, à Berlin, cette idée quitte enfin le manifeste pour s’incarner dans le réel, transformant deux parcelles peuplées de bouleaux et d’aulnes deviennent en un prototype – le premier du genre – d’une forêt juridiquement reconnue comme actrice de sa propre survie.

Une œuvre d’art qui fera jurisprudence ?
Pour gérer cette forêt, terra0 a fondé une association (Verein) et conçu une DAO qui assure la gouvernance collective via la blockchain. Ce système hybride confère à la forêt une existence légale en droit civil, tout en garantissant une transparence totale : chaque décision, chaque vote, chaque orientation écologique est inscrite sur la chaîne.
Les participants du projet peuvent acquérir un NFT, qui fait donc office d’œuvre d’art et de clé d’accès à la DAO ; une fois cet acte symbolique réalisé, ces derniers peuvent alors rejoindre la communauté qui administre la forêt – non pas en tant que propriétaires, mais en tant que gardiens. Autrement dit : les détenteurs de ces jetons numériques participent aux décisions liées à la préservation, à la biodiversité, et à l’avenir du site, c’est-à-dire reboiser, acquérir de nouvelles parcelles et soutenir les cycles naturels plutôt que les profits. La blockchain n’est dès lors plus un simple outil de spéculation, elle devient un véritable contrat éthique, un protocole de cohabitation entre humains et non-humains, pensé comme une alternative à la monoculture forestière et à la sylviculture industrielle.