À l’occasion de la 83ème Mostra de Venise, c’est donc The Pigeon Ring qui a reçu le Grand Prix de la section immersive. Un choix judicieux, et finalement logique tant le court-métrage de Zhang Yuqi et Tao Shixin fait corps avec les thématiques défendues cette année par le festival italien.
Trente œuvres, vingt-six pays représentés… La compétition était rude ! Parmi cette multitude de projets d’exception, c’est donc The Pigeon Ring qui a fini par se détacher, décrochant la plus haute distinction que la Mostra réserve aux pratiques immersives. Le film de 35 minutes, à découvrir casque VR sur la tête, suit un grand-père et sa petite-fille sur la piste d’une bague à pigeon égarée. Une intrigue en apparence assez modeste, qui se révèle être le point de départ d’une réflexion plus vaste, Zhang Yuqi et Tao Shixin interrogeant ici la manière dont une famille chinoise ordinaire porte, transmet et, parfois, tait sa mémoire.

Un salon et des pigeons
The Pigeon Ring se déroule presque entièrement dans le salon d’une maison familiale désaffectée, hantée par l’absence. Un huit clos qui met au centre un vieil homme obsédé par ses pigeons de course. Une passion dévorante, presque capitale dans une Chine où la colombophilie sportive pèse lourd, qui prend ici les allures d’une quête, d’un idéal impossible à atteindre ; laquelle n’est pas sans rappeler l’obstination d’un célèbre capitaine face à sa baleine blanche…
Pour donner de la profondeur à cette scène a priori banale, Zhang Yuqi et Tao Shixin jouent sur les surfaces vitrées et les strates visuelles, ouvrant cet espace clos sans jamais le quitter. À mesure que le duo fouille les vieilles pièces, des fragments du passé familial refont surface et l’on se surprend alors à regarder par une fenêtre, d’où surgit la même pièce, mais à une autre époque, quand la famille était au grand complet. Dans la foulée, notre regard se dirige vers le téléviseur, au sein duquel se déroule une autre scène de vie, toujours décalée dans le temps. Un procédé redoutablement maîtrisé qui fait de chaque strate une fenêtre temporelle, transformant le spectateur en témoin clandestin, non pas d’un instant fugace, mais d’une intimité transgénérationnelle.
Une affaire de famille
À la manière de bien d’autres expériences présentées cette année à Venice Immersive, une édition véritablement obsédée par la possibilité de filmer ce que l’on ne voit pas ou ce qui n’existe plus (lire notre newsletter éditoriale #85), le récit de The Pigeon Ring s’inspire directement de l’enfance de la réalisatrice, incapable à l’époque de comprendre pourquoi son grand-père était si strict avec elle. Ce n’est qu’en le voyant avec ses pigeons qu’elle comprit que l’importance qu’il accordait à des valeurs telles que le travail, l’éducation et les responsabilités familiales n’était pas simplement l’expression de sa personnalité, mais le reflet d’une époque où ces qualités primaient par-dessus tout. « Nous espérons que cette expérience offre non seulement un portrait intime d’une famille, mais aussi une réflexion sur la manière dont les valeurs, les souvenirs et les modes de vie se transmettent discrètement d’une génération à l’autre», a confié le duo au moment de recevoir le Grand Prix du jury. C’est aussi ça la beauté de la VR : partager des histoires.