En matière d’IA, on pensait avoir tout vu. C’était sans compter sur Liz Santoro et Pierre Godard, dont le nouveau spectacle, l’intriguant This Is Unreal, insuffle de la poésie aux mathématiques en calquant une chorégraphie sur des variations algorithmiques.
Découvert il y a quelques jours à l’Atelier de Paris, le spectacle This Is Unreal met en scène la vie de la danseuse Liz Santoro. Élevée à Boston, petit rat à New York, professionalisation à Paris, maternité… Ce parcours, Pierre Godard le raconte aujourd’hui en mouvement grâce à l’intelligence artificielle, recréant de toutes pièces des souvenirs générés et montés via l’apport de la technologie. Parfois, le corps se libère à l’initiative du chorégraphe et sa muse. À d’autres moments, il est contraint par l’algorithme. « C’est un pacte autobiographique saboté, une autofiction à l’ère des deepfakes, un jeu troublant et vertigineux, préviennent les artistes, Où s’arrête le corps ? Où commence la machine ? Et si c’était justement cette indécidabilité qui nous définissait aujourd’hui ? »

Démêler le vrai du faux
Une pièce qui s’amuse des illusions à l’ère du numérique ? Cela ne pouvait qu’intéresser les organisateurs de la Biennale Némo, qui présentaient This Is Unreal les 28 et 29 novembre derniers, au Théâtre Paris-Saclay, intrigués par cette mise en scène, de prime abord tout à fait classique, pensée comme un seul en scène où la danseuse se meut au rythme du piano. Jusqu’au moment où intervient un bug, un point de bascule incarné par une musique pop, une chorégraphie glitchée dans laquelle l’interprète, qui a fixé des capteurs sur son corps durant les répétitions afin que l’IA générative puisse imaginer une séquence à partir de ses mouvements, peine à se retrouver. « Je ne me suis pas reconnu dans cet avatar, confie-t-elle. En revanche, j’ai reconnu la démarche de mon grand-père, les mouvements de mon prof de danse d’il y a vingt ans »
À l’évidence, les éléments principaux qui ont façonné son goût pour la danse sont là. Son identité, elle, peine à transpercer. Évoluant sur scène dos à un fond vert, la ballerine double son avatar numérique. À moins que ce ne soit l’inverse ? Dans une suite de pas parfaitement synchronisés, on a du mal à distinguer le vrai du faux, l’original du deepfake. À croire que l’enchaînement devient prétexte à un questionnement : face aux machines, où se trouve réellement la vérité ?