Trevor Yeung, le triomphe des mythes

Trevor Yeung, le triomphe des mythes
Vue de l'exposition "Jardin des neuf soleils”, Capc, 2026 © Arthur Pequin

Pour sa première exposition monographique sur le territoire européen, l’artiste hongkongais Trevor Yeung investit la grande nef du Musée d’art contemporain de Bordeaux (Capc), et propose une balade immersive dans un paysage stellaire, à la fois participative, contemplative et poétique.

Soleils verts, arcs-en-ciel, Lune, champignons lumineux… Bienvenue dans l’univers presque hallucinogène de Trevor Yeung, à découvrir au Capc. Pour monter cette exposition, l’artiste né en 1988 dans la province du Guangdong, en Chine, a créé de nouvelles œuvres. « Monter » est bien le mot qui convient, tant cette dernière repose presque entièrement sur un échafaudage en forme de double arche superposée, sur lequel les visiteurs sont invités à admirer l’entièreté du projet, mais aussi à nouer autour d’une barre métallique un ruban de l’une des couleurs de l’arc-en-ciel – non sans avoir fait un vœu au préalable.

Une fois l’œuvre recouverte de ces porte-bonheurs aux couleurs variées (rouge, orange, jaune, bleu, etc.), on comprend alors mieux son nom : Arc-en-ciel. Pour le révéler totalement, il faut néanmoins utiliser la lampe torche de son téléphone afin d’en percevoir les nuances, masquées par la lumière verte qui domine l’ensemble de l’espace d’exposition.

Vue d'un échafaudage dans un musée d'art contemporain dominé par la lumière verte.
Vue de l’exposition Jardin des neuf soleils, Capc, 2026 © Arthur Pequin

Mythes et légendes

Cette œuvre monumentale fait écho aux arbres à vœux qui occupent une place importante dans la culture populaire chinoise, comme en témoignent ici deux photographies : Old Ribboned Sacred Tree (Penang) et Manmade Wishing Tree (Hong Kong). Cette pratique s’inscrit dans les traditions populaires liées au feng shui et aux croyances locales, où l’arbre est perçu comme un intermédiaire entre le monde humain et les forces spirituelles. Mais l’exposition tout entière repose sur une autre légende, ou plutôt un mythe : celui de Houyi et les dix soleils.

Pour la « grande histoire », la mythologie chinoise raconte qu’il y avait à l’origine dix soleils. Dans une méticuleuse routine, ils traversaient le ciel un par un, jusqu’au jour où cette bande de canailles décida de faire la course pour rompre leur solitude. Ils n’avaient pas prévu qu’ainsi, ils surchaufferaient la Terre, y provoquant sécheresses et incendies dévastateurs. Pour pallier cette anarchie, l’empereur Yao envoya son archer Houyi abattre neuf des dix soleils, afin qu’il n’en subsiste plus qu’un et que l’ordre soit rétabli.

Gros plan sur une installation lumineuse dans un lieu dominé par la couleur verte.
Vue de l’exposition Jardin des neuf soleils, Capc, 2026 © Arthur Pequin

Extrêmement populaire en Chine, ce mythe obsède Trevor Yeung depuis l’enfance. Il lui donne forme à travers Chaotic Suns, une série de dix pièces. La première : des panneaux verts installés sur les fenêtres nichées sur les hauteurs, qui laissent passer les rayons de notre véritable soleil, celui qui a bien survécu. Les neuf autres représentent chacune l’un des neuf soleils abattus sous forme de chandeliers, pensés et dessinés comme des astres en chute : ici un corbeau à trois pattes, pour rappeler la forme que prenaient ces soleils dans le mythe chinois, là un diamant taillé, ici une fleur de lotus. Autant de motifs suspendus à différents niveaux ou posés à même le sol, afin d’accentuer l’effet d’effondrement.

Dans un lieu d'art contemporain, dominé par la lumière verte, des sculptures de formes sphériques sont suspendues au-dessus du sol.
Vue de l’exposition Jardin des neuf soleils, Capc, 2026 © Arthur Pequin

Objectif Lune

Moins lumineux, presque éteint, un autre astre occupe l’espace : la Lune. Son scintillement dépend de la bonne volonté des visiteurs, une nouvelle fois appelés à utiliser leur lampe torche. En l’orientant vers Passive Moon, ils peuvent l’illuminer, mais seul celui qui est à l’initiative de cette action ou ceux qui se trouvent dans le même axe peuvent la voir briller. Ce phénomène astucieux découle de la forme de dôme géodésique de l’œuvre et de ses surfaces réfléchissantes. Ainsi, l’artiste nous convie à contempler ce qui a été oublié ou effacé, telle la Lune, dont on pourrait croire qu’il en révèle la face cachée ; mais il ne s’agit là que d’une interprétation libre. »

Ce qui est certain, c’est qu’il remet à merveille en lumière ces neuf soleils au sein de ce sanctuaire poétique, d’où certaines œuvres nous échappent, comme Work Corner, un ensemble de dix échelles se reflétant dans des miroirs. Le message que souhaite transmettre Trevor Yeung reste malgré tout limpide : prenons soin de nos mythes.

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