Une brève histoire de la VR (1/5) : « Sensorama », ou le rêve de l’immersion totale

17 avril 2023   •  
Écrit par Lila Meghraoua
Une brève histoire de la VR (1/5) : « Sensorama », ou le rêve de l’immersion totale

Parce que chaque révolution technologique et artistique a des origines multiples, Fisheye Immersive remonte celles de la réalité virtuelle en cinq petites histoires capables d’éclairer la grande. Premier épisode avec « Sensorama », un outil censé favoriser l’immersion, pensé dès… 1957.

« Dans une ténébreuse et profonde unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, les parfums, les couleurs et les sons se répondent », écrivait Charles Baudelaire dans le poème Correspondances, esquissant au passage une expérience synesthésique, voire multisensorielle. C’était en 1857. Plus d’un demi-siècle plus tard, la réalité virtuelle fait principalement appel à deux sens, la vue et l’ouïe.

En quête d’immersion

Lorsqu’on se penche sur l’histoire des technologies, on comprend toutefois qu’un appareil existe depuis les années 1960, et permet littéralement de « sentir » les films : « Sensorama », cet outil pensé par le réalisateur et inventeur Morton Heilig qui, en voulant imaginer le cinéma du futur, a tout bonnement créé la réalité virtuelle. À quoi ressemble cette invention ? À une machine, semblable à une borne d’arcade composée d’une chaise vibrante, d’un écran stéréoscopique, de haut-parleurs, mais aussi d’une soufflerie et d’un diffuseur de parfums.

Le public est alors invité à y plonger la tête, à interagir avec, de sorte à ce que la cabine puisse projeter un film 3D et, c’est là tout l’intérêt, provoquer quelques vibrations, faire émerger diverses odeurs et donner la sensation d’avoir les cheveux au vent. En clair, vous êtes sur une moto, le vent bat votre visage, les vrombissements du moteur courent sur la selle, tandis que les effluves caractéristiques de la Grosse Pomme chatouillent vos narines. Indéniablement, vous êtes à Brooklyn. Ou du moins, vous en avez l’impression.  

Prémices de la VR

Si Morton Heilig conçoit un premier prototype fonctionnel en 1962, tout se joue en réalité deux ans auparavant, lorsqu’il dépose le brevet d’un « Sensorama » portable. Hélas, cet appareil ne verra jamais le jour. Faute de financement, le projet de borne de VR multisensorielle tombe à l’eau. Elle ne sera jamais commercialisée.  

Retour vers le futur : Le dernier Laval Virtual – grand rendez-vous des technologies immersives – a fini par donner raison à l’inventeur. Dans l’un des halls, la queue s’est formée devant le stand d’Olfy, un accessoire pour casques réalisant le fantasme de Morton Heilig. Comment ? Tandis que des gens évoluent dans un jeu, bardés de vêtements vibrants et gants haptiques, un boîtier attaché aux casques s’occupe de diffuser entre trois et cinq parfums à intensité et durée variables. L’idée du « Sensorama » n’a jamais été aussi réelle.

Explorez
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Le Ministère de la Culture installe pour la première fois un poste de « directeur de projet Intelligence artificielle » au sein de ses...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
© Simon Parmeggiani
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres...
04 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Depuis le Mexique, l'artiste Canek Zapata n'a qu'un souhait : scroller à l'infini
Depuis le Mexique, l’artiste Canek Zapata n’a qu’un souhait : scroller à l’infini
À l’occasion de la nouvelle édition de digital ORBIT_E, l’artiste mexicain Canek Zapata imagine une œuvre infinie, qui se génère...
03 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Premier contact : Teresa Manzo en 3 infos essentielles
Premier contact : Teresa Manzo en 3 infos essentielles
Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à l'artiste numérique Teresa Manzo, qui inscrit la figure féminine dans une démarche esthétique...
03 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Bruce Eesly : « Jouer avec la tromperie n'est pas une nouveauté en photographie »
Portrait de Bruce Eesly Bruce Eesly © Liesl Pfeffer
Bruce Eesly : « Jouer avec la tromperie n’est pas une nouveauté en photographie »
Comment interroger les conséquences de l'agriculture industrielle tout en documentant la révolution verte des années 1960 ? Pour le...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Alice de Brancion
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Le Ministère de la Culture installe pour la première fois un poste de « directeur de projet Intelligence artificielle » au sein de ses...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
"On Air", la voix mise en lumière
"On Air", Ars Electronica, 2025 © Andreas Kolb
« On Air », la voix mise en lumière
Véritable bande-son algorithmique, le dispositif On Air transforme les voix des spectateurs en ballet audio-lumineux à travers un...
04 décembre 2025   •  
Écrit par Laurent Catala
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
© Simon Parmeggiani
Book Club : « Clickbait » de Simon Parmeggiani
Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres...
04 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard