Le Portugais Alexandre Farto, alias Vhils, a fait des murs sa matière première. Aujourd’hui, c’est le territoire lui-même qui l’incite à étendre sa pratique aux confins du numérique. Une transition documentée par la galerie lisboète ETERNO.
Née au début des années 2000 dans les rues de Lisbonne, la pratique de Vhils s’est toujours distinguée de celle des autres. Là où ses pairs ajoutent, lui retranche : burin, marteau-piqueur, acide, explosifs… Autant d’outils qui lui servent à sculpter les façades urbaines tel un Michel-Ange des temps modernes pour en faire surgir des visages, des formes et des émotions. Une façon de faire qui lui a permis de se tailler une solide réputation, aujourd’hui mise au service d’une recherche étendue, qui va bien au-delà des murs, passant par des installations, de la vidéo, et, désormais, de l’art numérique. Mais attention : Vhils ne change pas de sujet. Il creuse juste plus profond.


Une différence de geste pour un même territoire
Récemment présentée à Lisbonne lors du NFC Summit, aux côtés de l’ETERNO Gallery, l’exposition Parallel Terrains orchestre la rencontre de Vhils et du collectif d’artistes numérique Boldtron, soit deux manières d’habiter et de raconter un territoire. Vhils y présente Ignition & Rust Belt, une série qui pousse sa signature à son point culminant. Gravure, érosion, excavation… Les œuvres font affleurer ce que la matière garde en mémoire. Rien n’est inventé, tout est révélé. D’un côté, une matière palpable, qui tente de résister à mesure qu’on la malmène. De l’autre, des paysages nettement plus spéculatifs, Quantum Terrains représentant une multitude de terrains projetés avant même d’exister. L’un révèle ce qui était déjà là. L’autre anticipe ce qui ne l’est pas encore. L’idée étant de ne jamais trancher, mais bien de faire de cette tension le cœur de son propos.

Le sens du partage
Si cette association peut sembler surprenante de prime abord, elle s’inscrit parfaitement dans le parcours de Vhils, toujours en mouvement, perpétuellement en quête de nouveaux outils pour créer. Rappelons qu’il a investi depuis quelques années le champ des NFTs, comme un nouveau mur à gratter. Rappelons aussi qu’avec sa collection Layers, lancée en 2022, il impliquait déjà les collectionneurs du monde entier, les incitant à décider eux-mêmes combien de couches ils aimeraient « déchirer » de leurs panneaux numériques. Une façon d’en faire les co-créateurs, bien sûr, mais aussi de prolonger ce qui semble l’animer depuis toujours : le dialogue, la possibilité d’investir l’espace public pour entrer en interaction avec les habitants.