En 2025, le vidéo‑mapping démontre à nouveau son rôle central dans l’art immersif : des façades urbaines aux pavillons d’expositions, nombre de projets explorent des thèmes sociaux, écologiques ou technologiques. Si ces œuvres mêlent très souvent architecture, innovation et art visuel, elles s’engagent désormais plus fréquemment au cœur des espaces d’exposition. En témoignent ces dix œuvres, remarquables et particulièrement portées en lumière cette année.
S’il fallait noter une tendance, on pourrait dire que la plupart des projets de vidéo-mapping présentés ces derniers mois semblent affirmer un goût pour des terrains introspectifs et intérieurs, tout comme pour la réinterprétation d’œuvres et de courants artistiques. Raison pour laquelle, sans doute, ces créations souvent éphémères ne se découvrent plus uniquement au sein de festivals dédiés. La preuve par dix.
Refractive Index, de MONOCOLOR – Autriche
Créée en 2023, Refractive Index faisait partie de la programmation officielle du Mapping Festival de Genève cette année. Cette œuvre d’une trentaine de minutes, en noir et blanc, a la particularité d’être entièrement générative : elle se déploie intégralement en temps réel, rendant chaque performance unique. « Je considère mes œuvres comme des processus en constante évolution, des systèmes en flux avec lesquels j’interagis, que j’influence et que je façonne sur scène » explique son auteur, MONOCOLOR. Intrigué par le concept d’indice de réfraction, qui décrit la manière dont la vitesse de la lumière change selon les différents milieux qu’elle traverse, l’artiste s’intéresse particulièrement à « ce qui se produit lorsqu’un médium est traduit dans un autre ».

Oscillation. The Sound of Architecture, de Hans Bolz – Allemagne
Sacré Grand Prix 2025 lors du Vidéo Mapping Contest, et projeté sur la façade du Palais des Beaux-Arts de Lille, Oscillation. The Sound of Architecture interroge la façon dont l’architecture peut être appréhendée comme une musique, guidée par le principe suivant : « le son suit la forme ». Le temps de la projection, le Palais des Beaux-Arts de Lille s’est donc mué en diverses sonorités lors du Vidéo Mapping Festival, sa structure Belle Époque se dévoilant grâce à un motif arpégé en écho avec les détails ornementaux caractéristiques de l’époque. Des ostinatos de cordes dessinent les colonnes, les mélodies révèlent les arcs, tandis que les fondations vibrent de tonalités profondes. Fusionnant tradition et innovation, cette approche réinvente l’architecture comme une expérience multisensorielle et sonore.

Phosphène, de Armand Lesecq – France
Armand Lesecq est l’inventeur du « cinéma pour paupières closes », dans lequel il entrelace vidéo-projection et spatialisation sonore immersive. À la croisée des neurosciences, du rêve et de l’hypnose, Phosphène invite le public à fermer les yeux tandis que l’artiste dévoile une vidéo-projection de 30 minutes accompagnée d’un système sonore multicanal. Ainsi la paupière, la rétine, l’oreille et le corps tout entier deviennent des récepteurs à ces stimulations et redéfinissent les espaces intérieurs. Un nouveau monde émerge alors, où l’imaginaire, l’inconnu et l’onirisme se côtoient. Entre voyage intime, expérience collective et bain sensoriel, cette expérience introspective se joue de nos perceptions sensibles. Sélectionné à la Biennale de Venise, le projet s’est invité récemment au Mapping Festival de Genève.

Arborescent, de Davide Quayola – Italie
Arborescent est une « célébration de ce que la nature a toujours été ». Davide Quayola semble guidé par l’envie de faire de la technologie, non pas uniquement un outil, mais un sujet à part entière, animé par le besoin d’en extraire une façon poétique d’observer le monde. En février 2025, il projette le mapping monumental Arborescent devant 110 000 personnes sur la somptueuse façade de Casa Batlló conçue par Antoni Gaudí. Cet hommage numérique à la nature dévoile les différents mécanismes biologiques de croissance des arbres, ainsi que leurs systèmes d’adaptation. Comme à son habitude, la peinture de paysage, la sculpture classique et l’iconographie sont quelques-unes des esthétiques historiques qui servent de point de départ aux compositions hybrides de Quayola.

Résonance, de Sébastien Kottelat – Suisse
Pour la toute première fois dans la Cathédrale de Genève, le Mapping Festival a offert une pièce mystique, portée par un dialogue entre orgue et lasers. Résonance est le fruit d’une étroite collaboration entre l’artiste suisse Sébastien Kottelat, spécialiste des technologies laser, et Vincent Thevenaz, organiste titulaire et carillonneur de la Cathédrale Saint-Pierre de Genève. Cette création originale mêle sonorités magistrales de l’orgue et faisceaux de lumière pour une rencontre entre patrimoine et innovation. Dans ce décor gothique, le spécialiste des projections architecturales repousse les limites de la technologie pour transformer l’espace en une œuvre vivante, créant un dialogue entre éclats visuels, résonances et architecture, de la nef jusqu’au chœur.
Human Passions, d’Antoine Goldschmidt (Magicstreet) – Belgique
Cette année, le Bright Brussels Festival invitait notamment à redécouvrir le chef-d’œuvre du sculpteur belge Jef Lambeaux aux Musées royaux d’Art et d’Histoire. Directement projetée sur l’œuvre monumentale en marbre de Carrare, la création audiovisuelle se joue des reliefs, redéfinit les textures et redessine ombres et lumière. Les figures enlacées et figées dans la pierre semblent alors peu à peu prendre vie, révélant avec puissance et délicatesse toute l’intensité des passions humaines. Fondateur du studio Magicstreet, l’artiste bruxellois Antoine Goldschmidt sculpte, arrange et contrôle la lumière dans des compositions qui explorent les rapports fascinants entre espace et matière, invitant le spectateur à déposer un regard neuf sur un monde en pleine mutation.
Resonant, de Metanoia Creatives – République Tchèque
Sur les façades du Palais des Beaux-Arts de Lille s’est jouée une partition colorée inattendue : un dialogue visuel entre deux mouvements artistiques révolutionnaires, le Color Field Painting et le Op Art. Resonant n’invite pas seulement à en explorer les profondeurs ; c’est un voyage exploratoire. Le collectif tchèque rappelle que « chaque mouvement, en son temps, a tenté de défier la perception et d’évoquer des réactions émotionnelles ou physiques profondes chez le spectateur ». Resonant s’inspire pour cela de personnalités telles que Mark Rothko, Barnett Newman et Helen Frankenthaler dans le domaine du Color Field Painting, ainsi que de Victor Vasarely, Bridget Riley et Jesús Rafael Soto dans celui de l’Op Art, et réinvente ainsi ces œuvres statiques sous la forme de « forces dynamiques et évolutives ».
Diyauto Orchestra, de Simon Lazarus – France
Diyauto Orchestra est un projet d’installation immersive initié par l’artiste visuel Simon Lazarus en featuring avec le musicien S8jfou et la développeuse-chercheuse Clara Rigaud. Entre art cinétique, graffiti contemporain et biomatériaux, l’installation se compose d’une fresque générative et d’un archipel de sculptures-instruments. Les visiteurs sont invités à créer eux-mêmes leur espace visuel et sonore à mesure qu’ils expérimentent les instruments. Quant à la relation ludique avec l’objet, celle-ci interroge le lien entre geste, sculpture, son et image. « L’idée est de faire dialoguer des objets vivants (micro-organismes) avec des programmes vivants (code génératif) ». Récompensée par le prix de l’Innovation aux Video Mapping Awards, l’œuvre est visible au Grand Palais Immersif jusqu’au 28 août.
Radiant, de Filip Roca – Monténégro
Initialement projetée lors du festival Tokyo Lights 2024 sur l’imposante Meiji Memorial Picture Gallery à Tokyo, Radiant a été récompensée du Grand Prix lors des Video Mapping Awards 2025 à Lille. Dans sa création, Filip Roca explore, à travers un dispositif immersif, la manière dont les rayons lumineux se dispersent à partir d’un objet. « La lumière est invisible à l’œil humain jusqu’à ce qu’elle entre en collision avec un objet. Ce que nous voyons est l’impact de la lumière sur la surface ». Ainsi, la structure visible de la Memorial Picture Gallery se transforme en une toile vierge dont Filip Roca redessine les dimensions, réinvente la structure et revisite les perspectives. Ce spectacle technologique grandeur nature, c’est à noter, est porté par une musique et un sound design signés Zarko Komar.

Kala, de The Fox, The Folks – Indonésie
Avec Kala (Le Temps), le collectif indonésien The Fox, The Folks s’empare du récit mythique de Bhatara Kala, le seigneur du temps et de la destruction. À partir d’une seule goutte d’essence divine, alors que le jour converge avec la nuit, Bhatara Kala naît. L’œuvre dépeint de façon remarquable la lutte qui s’ensuit, mettant en scène le héros sortant de sa méditation pour affronter cette force primordiale. Grâce à une imagerie puissante et rythmée, Kala délivre le récit de la bataille contre la terreur, ainsi que de ses multiples péripéties pour y parvenir. Cette œuvre reflète l’interaction profonde de l’ordre et du chaos, du temps et de la transformation, offrant une plongée immersive dans ce récit folklorique, entre équilibre cosmique et intervention divine.