Depuis le 12 mars, la 41ème édition du festival clermontois réserve encore une fois son lot de belles découvertes, entre installations immersives, œuvre vidéo et réflexions politiques. Focus sur quatre propositions qui nous paraissent déjà essentielles.
Chaque printemps, le festival Vidéoformes s’impose à Clermont-Ferrand comme un laboratoire numérique à ciel ouvert, où les formes hybrides redéfinissent nos perceptions et interrogent nos certitudes. La dernière édition n’a évidemment pas fait exception ! La preuve en est donnée avec ces quatre œuvres qui, chacune à leur manière, déplacent notre regard pour mieux parler de notre monde.
Hyper Wave – The Accelerated Accident
Inspiré des anciens réservoirs souterrains de stockage de pétrole à Hsinchu (Taiwan), The Accelerated Accident nous invite à – littéralement – plonger dans un monde englouti, scaphandre VR sur la tête. L’œuvre du collectif taïwanais recompose les architectures industrielles en paysages liquides et fantasmés, dans une atmosphère qui fascine autant qu’elle inquiète. Alors que des monstres marins lumineux côtoient les ruines, l’accident semble ici latent, diffus, inscrit dans les parois mêmes du décor. Plus qu’une simple narration, Hyper Wave propose avec Accelerated Accident une expérience autour de la chute du progrès, d’une mémoire industrielle qui ne persisterait plus que sous forme de fiction.
Isabelle Dehay – Pixel Painting #Luge
Le film Pixel Painting #Luge prend place dans les paysages enneigés du Cantal, où Isabelle Dehay capte une scène simple – une descente alpine -, qu’elle prend le temps de désagréger ensuite. Avec ce projet, la neige devient un prétexte à la formation de paysages mentaux, comme une feuille blanche sur laquelle on viendrait dessiner. À partir d’un algorithme écrit et conçu par l’artiste multimédia, les pixels de la séquence filmés sont manipulés pour créer un autre récit, mais aussi pour interroger le rôle des mémoires, qu’elles soient humaines ou artificielles, sur nos propres représentations. Certes, tout ici est « vrai », tout s’est bien passé. Mais pas exactement de la manière dont on l’imagine. Ce que l’on voit, c’est une manipulation de la vérité qui fragmente l’action en même temps que la mémoire, et qui fait travailler l’imaginaire pour tenter de combler les bugs.
Christa Sommerer et Laurent Mignonneau – Flâneur
Dans Flâneur, le déplacement devient une écriture invisible. L’installation interactive imaginée par le duo Christa Sommerer et Laurent Mignonneau invite les spectateurs à déambuler sur une surface de projection circulaire afin de créer eux-mêmes le jardin qu’ils foulent. Plus le visiteur avance, plus le monde se génère, se transforme, se recompose, tout ça en temps réel. Chaque geste, chaque présence modifie l’environnement, faisant du simple passant un créateur actif du projet. Joueurs, les deux artistes s’amusent de cette frontière, et ajoutent à leur travail des petites fourmis numériques grignotant cette flore digitale jusqu’à la faire disparaître. Avant que d’autres, inévitablement, finissent par la faire ressusciter. Alors, que voit-on vraiment ? Un paysage ? La trace de notre passage sur Terre ? Ou la force de la nature, qui, malgré nos efforts pour la façonner, finit toujours par reprendre ses droits ? Seule certitude : il y a dans ce mystère quelque chose d’extrêmement séduisant.
Chan Sook Choi – Yangji-ri Archive
Faisant référence à un village situé près de la zone démilitarisée séparant les deux Corées, Yangji-ri Archive interroge les liens entre deux populations, si proches géographiquement et pourtant si éloignées politiquement. Un point de départ qui permet à l’artiste de questionner plus largement les notions d’appropriation de territoires, de la Corée jusqu’aux Andes chiliennes, grâce à des captations poétiques de différentes zones géographiqus. Entre archive et fiction, documentaire et expérience, ce film s’inscrit dans un dispositif plus large d’installation, où des maquettes en béton imitant les maisons identiques du village côtoient des plaques évoquant le monde funéraire. À en croire Chan Sook Choi, ce serait là une façon de redonner une voix et une forme d’humanité à ceux que ces espaces ont rendus invisibles.