Vu à Cannes : « In The Current Of Being » de Cameron Kostopoulos

Vu à Cannes : « In The Current Of Being » de Cameron Kostopoulos
“In The Current Of Being” ©Cameron Kostopoulos

À mi-chemin entre flux sensoriel et manifeste identitaire, In The Current Of Being s’impose comme une ode immersive à la pluralité des corps et à la résilience des voix queer. 

Ce n’est pas un film que l’on regarde. C’est une œuvre que l’on traverse. Ou plutôt : qui nous traverse. Coproduit par France Télévisions, via son label StoryLab, In The Current Of Being n’a ni début clair, ni fin précise. Le film, en lice dans la compétition officielle de Cannes Immersive raconte l’histoire vraie de Carolyn Mercer, une survivante de la thérapie de conversion par électrochocs visant à « corriger » son identité de genre.

Jeune artiste déjà primé au Sundance Film Festival (pour Body of Mine), Cameron Kostopoulos poursuit ici une recherche à la fois esthétique et politique sur la représentation queer à travers les technologies immersives, et propose un angle inédit au moment d’aborder un sujet malheureusement trop souvent tapis dans l’ombre : les thérapies de conversion.

Le corps comme vecteur d’empathie

Connectés grâce à des gilets haptiques, des manches et des gants portables, les spectateurs expérimentent alors l’expérience vécue par la protagoniste. Vivent ses mouvements comme les leurs, soufflent quand elle respire, sentent sa peau qui tremble. Ici, les corps deviennent textes, les gestes, dialogues. À travers une structure non linéaire, l’œuvre invite à repenser notre rapport à la narration, qui n’est donc plus une ligne droite, mais bien une pulsation collective. « Mon film mêle poésie du réel, haptiques corporelles et narration portée par la voix pour explorer l’identité, la mémoire et la transformation, ancré dans le témoignage authentique d’une femme ayant survécu à quelque chose que personne ne devrait plus jamais endurer, résume le réalisateur dans un communiqué, Les spectateur·rice·s habitent son corps, ressentant souvenirs et émotions à travers la puissance viscérale du toucher. »

Nous avons ici à faire à un cinéma de la sensation. Pas un cinéma sensationnel, non. Un cinéma où la réalité virtuelle devient le prolongement naturel du sensible. Grâce à une captation volumétrique chorégraphiée, Cameron Kostopoulos réussit le tour de force de transformer chaque corps en archive vivante, tout en invitant chaque participant à livrer une partie de lui-même. Une trace, une confession, un mouvement. Une forme d’intimité collective qui exacerbe l’empathie face à l’inhumanité des thérapies de conversion, mais aussi face au courage qu’il faut pour se relever d’une telle douleur. Celle de la négation de soi. 

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