Qui dit nouvelle édition de Venice Immersive dit mine de découvertes pour tous les amateurs de 7ème art et d’expériences cinématographiques en réalité virtuelle. Parmi elles, Blur, de Phœbe Greenberg et Craig Quintero, imprègne durablement la rétine. Ne serait-ce que parce qu’elle redéfinit les contours du théâtre à l’ère du numérique.
Après trois courts métrages acclamés (A Simple Silence, Over the Rainbow et All that Remains), Craig Quintero revient sur le devant de la scène, cette fois-ci accompagné de Phoebe Greenberg, fondatrice du pôle culturel et artistique multidisciplinaire PHI à Montréal, pour présenter à Venice Immersive une oeuvre interrogeant les excès de la société contemporaine, son rapport à la science, mais aussi à la vie et à la mort. Blur, donc, seule œuvre en partie québécoise présentée en compétition.

Le deuil comme point de départ
L’expérience se déroule dans un futur proche, où le clonage et la désextinction ne sont plus des fantasmes mais bien une réelle possibilité. Complètement dévastée par la noyade de son fils, une mère a l’opportunité de le ramener à la vie grâce au pouvoir de la science, sous les yeux d’un public toujours plus impliqué, toujours plus influent sur le déroulé du récit au fur et à mesure de l’avancée de la pièce. « Que se passerait-il si on ne mourait pas ? Quels seraient les impacts sur l’environnement ?, s’interroge Phœbe Greenberg dans les colonnes de La Presse. Ce sont des questions fascinantes. On voulait que le public puisse s’identifier à cette femme en deuil de son enfant. Que ferait-on à sa place ? J’ai un enfant. Que ferais-je à sa place ? ».

Une expérience à mi-chemin entre la performance live et la réalité étendue
Muni d’un casque de VR, le spectateur est plongé tête la première dans une expérience qui va au-delà de tout ce que l’on connaît. Entre cinéma et théâtre, il est surpris par l’intervention d’actrices-hôtesses qui mettent tous nos sens en ébullition. et vit un deuil par procuration grâce à une image projetée à 360 degrés au sein même du casque. « Il y a aussi une proximité, un contact dans la réalité virtuelle, que l’on ne retrouve pas ailleurs. L’actrice ou le personnage nous regarde directement dans les yeux », constate Craig Quintero.

À mi-chemin entre performance live et réalité étendue, le tout piloté par Mélanie Courtinat (engagée à la direction artistique), Blur porte bien son nom, l’œuvre ne cessant jamais de brouiller les limites entre vérité et fiction. Pour un résultat évidemment saisissant, sans pareille, qui pose également la question du deuil et des limites que l’humain est prêt à franchir pour mettre un terme à cette tristesse profonde. Avec cette question qui hante l’esprit : la science peut-elle seulement réparer un coeur meurtri ?