Depuis le Japon, Yosca Maeda fait partie de ces rares artistes qui parviennent à introduire le pixel art dans les galeries. Ce coup de force, elle parvient à l’exécuter grâce à des œuvres contemplatives, qui visent moins l’univers vidéoludique que la réminiscence de souvenirs à la fois collectifs et intimes.
À l’instar d’un grand nombre de pixel artistes, ou de tous ces crypto-artistes évoluant sous un avatar sur la blockchain, Yosca Maeda cultive le mystère. À peine sait-on qu’elle vient du Japon, qu’elle se fait parfois appeler mae et que l’esthétique pixelisée lui permet de traduire des émotions intenses, puisées au plus profond d’elle-même, dans des œuvres peu soucieuses des prouesses techniques.

Paysage intérieur
En fin d’année dernière, chez NEORT++, à Tokyo, elle présentait l’exposition Afterglows : un solo show où des écrans LED prenaient place aux côtés d’œuvres interactives autour desquelles les spectateurs pouvaient tourner, modifiant la résolution des images, les figeant, etc. Rien que du très classique ? Ça le serait si la Japonaise n’encourageait pas le public, dans un incessant va-et-vient rétrofuturiste, à jouer avec la mémoire, à errer au cœur de ses paysages intimes, à envisager chacun de ses mouvements comme celui d’un sculpteur sur le point de donner une forme finale à une vision.

Sans révolutionner le genre dans lequel elle s’inscrit, incarné par les travaux de Jodi, Cory Arcangel ou eBoy, Yosca Maeda séduit par sa faculté à agencer des œuvres ambigües, minimalistes dans l’exécution pourtant si généreuses en fantasmes, en dons d’images.
- Cet article a été à l’origine publié dans le n°44 de notre newsletter éditoriale.