Dans Zelda : le jardin et le Monde, tout juste réédité, l’auteur Victor Moison fait du jeu vidéo culte de Nintendo le symbole d’un monde naturaliste, nourri de concepts philosophiques, toujours aussi impressionnant visuellement.
Depuis sa sortie en 1986, Zelda n’a jamais réellement cessé d’alimenter les forums, les essais et autres fils de discussions. Il y a dans cette saga vidéoludique trop de beauté, trop de principes philosophiques – à commencer par l’idéal sensoriel de la promenade cher à Henry David Thoreau – et trop de profondeur pour limiter son influence au seul plaisir récréatif. Réédité en version augmentée quatre ans après sa publication initiale, Zelda : le jardin et le Monde (Façonnage Éditions) entretient brillamment cette idée, Victor Moisan profitant de chaque page pour convoquer différents penseurs (Jacques Rancière, Roland Barthes, Michel Foucault), diverses séries (Twin Peaks, par exemple) et, in fine, faire des paysages de Zelda un lieu d’expression artistique.

Une nature à revisiter
Hasard ou non, en 2022, l’exposition RVB – Rouge Stephen King, Vert Véronèse, Bleu Maggie Nelson, au Musée de l’Imprimerie à Lyon, consacrait au jeu un focus particulier dans sa « partie verte », tel un écho aux ambitions du créateur de la saga, Shigeru Miyamoto ; lequel a toujours envisagé ses décors comme la reproduction sensible d’un monde accessible à tout moment. Ou, pour le dire avec ses mots : « un jardin miniature qu’on peut ranger dans un tiroir et revisiter dès qu’on le souhaite ».

La nouvelle publication de Zelda : le jardin et le Monde le rappelle également avec force : oui, le chef-d’œuvre de Nintendo charrie les grands principes de l’immersion, symbolisée par cette quête aventureuse, cet appel de la virtualité qui correspond finalement « moins à une invitation à échapper au réel qu’à l’habituel ». Autrement dit, ce n’est pas la reproduction du monde tel que nous le connaissons qui importe, mais la sensation éprouvée d’en faire partie. « Ce n’est pas la réalité d’une montagne, d’une cascade ou d’un lac dans toute sa majesté que le jardinier cherche à imiter sur plusieurs hectares, écrit Victor Moisan, mais plutôt l’essence de ce corps naturel, réduite dans un espace conscrit ». Brillant !
- Cet article est extrait du numéro 64 de notre newsletter éditoriale.