Positively Charged :  l’écologie au centre de l’interactivité !

16 juin 2023   •  
Écrit par Adrien Cornelissen
Positively Charged :  l’écologie au centre de l’interactivité !
“Positively Charged” ©Studio Molga & Dark Euphoria

L’installation Positively Charged de l’artiste anglaise Kasia Molga s’intéresse à un thème particulièrement d’actualité, mettant au centre du débat notre rapport à l’énergie électrique : comment nous la produisons, comment nous la consommons. « À l’origine, rembobine-t-elle, le projet a démarré lors d’un workshop avec des enfants de Taipei lors duquel les jeunes me parlaient de leur vision de la ville du futur. Les propos tenus étaient très profonds, éco-responsables, portés sur le sens du collectif. Nous avons approfondi les discussions jusqu’à nous concentrer sur l’un des plus gros défis des années à venir : l’énergie électrique. C’est à partir de là que j’ai eu l’idée de faire cette installation. »

KasiaMolga
« Je ne voulais pas beaucoup de composants électriques dans cette œuvre, simplement du public participant pour l’animer  »

Si une ville industrialisée d’un million d’habitant·es peut consommer environ 10 000 mégawattheures (soit 10 000 kilowattheures par habitant·e), quel modèle durable et régénératif est-il possible d’imaginer ? Positively charged a la particularité d’être une œuvre interactive et collaborative qui envisage les membres du public comme des sortes de « batteries vivantes ». Combien de kilowatt peuvent-ils produire par eux-mêmes ? Et, surtout, comment fonctionne cette production ? 

C’est ainsi que les visiteurs sont invités à produire l’énergie alimentant l’installation. Grâce à leurs battements de cœur et à des mouvements de manivelles, des dizaines de fil à LED bleues composant la structure – ainsi qu’un paysage sonore – s’activent et s’éteignent progressivement. Le rendu esthétique est d’autant plus époustouflant qu’il dénote par son éco-conception assumée (matériaux biosourcés, simplicité du dispositif…).

Spectateurs connectés

Cet esprit DIY invite à porter un regard différent sur la façon de produire une œuvre d’art et la notion d’interactivité souvent associée à des dispositifs high tech : « Pour moi, l’interactivité ne signifie pas avoir un dispositif numérique complexe, témoigne Kasia Molga. L’interaction est d’abord à observer dans notre rapport au monde, à la nature, aux autres. Les artistes peuvent fabriquer des œuvres sans dépendre des entreprises de la Silicon Valley. Je pense qu’il est important de revenir aux questionnements essentiels :  qu’est-ce qu’une œuvre simple et accessible ? Comment le public se projette-t-il, comment s’approprie-t-il une œuvre ? Je ne voulais pas beaucoup de composants électriques dans cette œuvre, simplement du public participant pour l’animer ».

L’action du public est en effet un élément clé du dispositif de Kasia Molga. Les visiteurs doivent non seulement « s’investir » pour déclencher l’installation, mais aussi trouver le bon rythme dans les mouvements de manivelles au risque de créer un déséquilibre dans l’éclairage qui finira par éteindre tous les fils électroluminescents. En rendant le public collectivement responsable de la « vie » de l’œuvre, Kasia Molga souligne notre relation à la technologie, à la ville, à la création et à l’énergie.

« L’interaction est un puissant levier pour expérimenter sa propre narration. La collaboration est ici essentielle : elle permet de ressentir la manière nous sommes interconnecté·es les un·es aux autres. De comprendre les liens complexes qui unissent les éléments et les êtres vivants. C’est mon approche de l’écologie et c’est comme cela que Positively charged est née », commente l’artiste, dont les œuvres – à mi-chemin du design fiction et des récits spéculatifs – sont exposées dans les plus grandes institutions et festivals internationaux : Centre Pompidou, Tate Modern, V&A Museum, Ars Electronica, etc.

Amorcée suite à un voyage en 2017 à Taïwan, Positively Charged, c’est important de le souligner, est produit par le studio Molga et l’agence Dark Euphoria spécialisée dans les dispositifs immersifs. Ella a déjà été présentée au festival Chroniques d’Aix-Marseille (à l’automne dernier) et est actuellement en accès libre au Stereolux de Nantes. Avant, sans aucun doute, d’être accessible à d’autres publics dans d’autres villes. 

  • Positively Charged de Kasia Molga, jusqu’au 25 juin 2023, Stereolux, Nantes.
Explorez
KIKK Festival 2025 : au cœur de la matière sonore et du low-tech
“La Machine à Tubes”, de My Name Is Fuzzy @ Das Playground
KIKK Festival 2025 : au cœur de la matière sonore et du low-tech
Festival d’art numérique - ou plutôt d’« art et technologie », comme préfère le dire sa curatrice, Marie du Chastel - le KIKK Festival...
10 novembre 2025   •  
Écrit par Laurent Catala
GIFF 2025 : quand la musique donne corps au virtuel
“Ceci est mon cœur” © Nicolas Blies et Stéphane Hueber-Blies
GIFF 2025 : quand la musique donne corps au virtuel
Le Festival international du film de Genève poursuit son glissement assumé vers des formes narratives hybrides, où l’image s’éprouve....
05 novembre 2025   •  
Écrit par Maude Girard
Biennale Némo 2025,  entre imaginaires numériques et utopies désirables
“Nature Portals” © Markos Kay
Biennale Némo 2025, entre imaginaires numériques et utopies désirables
Pour sa sixième édition au CENTQUATRE et dans toute l’Île-de-France, la Biennale internationale des arts numériques (ou Biennale Némo)...
31 octobre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Signal Festival : la touche numérique de Prague grandit encore
“Crystal Pixels: Silent Reflections” © Preciosa Design
Signal Festival : la touche numérique de Prague grandit encore
Manifestation emblématique de l’art numérique à Prague depuis 2013, le Signal Festival continue de grandir sur ses principes en proposant...
30 octobre 2025   •  
Écrit par Laurent Catala
Nos derniers articles
Voir tous les articles
« Beaux Gestes » : le festival qui explore le corps
“Co(AI)xistence” © Justine Emard
« Beaux Gestes » : le festival qui explore le corps
Déployé au CENTQUATRE jusqu'au 14 décembre prochain, le festival conçu et réalisé par le centre d'art parisien et L'Oréal fait dialoguer...
08 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
"Collective Body" : quand la VR réconcilie les corps
“Collective Body” © Sarah Silverblatt-Buser
« Collective Body » : quand la VR réconcilie les corps
Repenser notre interaction aux autres via le mouvement et notre relation au corps, c'est l'ambition de cette expérience interactive en...
08 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Bruce Eesly : « Jouer avec la tromperie n'est pas une nouveauté en photographie »
Portrait de Bruce Eesly Bruce Eesly © Liesl Pfeffer
Bruce Eesly : « Jouer avec la tromperie n’est pas une nouveauté en photographie »
Comment interroger les conséquences de l'agriculture industrielle tout en documentant la révolution verte des années 1960 ? Pour le...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Alice de Brancion
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Politique : le Ministère de la culture crée un poste de directeur de projet Intelligence artificielle
Le Ministère de la Culture installe pour la première fois un poste de « directeur de projet Intelligence artificielle » au sein de ses...
05 décembre 2025   •  
Écrit par Zoé Terouinard