Être artiste, c’est permettre la rencontre avec une œuvre, une pensée, un thème, une esthétique. Pour ce faire, il faut d’abord, du côté de l’artiste en question, s’être fait reconnaître. C’est l’objectif de « premier contact », série de mini-portraits pensés comme des speed-meeting, des premiers points d’accroche avec de jeunes artistes et leurs univers si singuliers. Ce mois-ci, Fisheye Immersive s’intéresse à l’artiste Sarah Brahim, qui explore la mémoire à travers le corps et la vidéo.
Un élément biographique
Née à Riyad en 1992, Sarah Brahim est de ces jeunes filles qui dansent avant de marcher. Un amour du mouvement qui la pousse probablement à entamer une formation professionnelle en danse/performance au San Francisco Conservatory of Dance, en Californie. En parallèle, Sarah Brahim entame une prépa en médecine à l’Université de la Santé d’Oregon, sans que la danse ne quitte pour autant son esprit. En 2013, la Saoudienne prend donc la direction de Londres et s’inscrit à la Contemporary Dance School où elle se forme à la performance et développe, en marge de ses études, une pratique plastique.
Il faut toutefois attendre 2018 pour que Sarah Brahim intègre sa première résidence d’artistes en Italie. Depuis, elle ne cesse de les enchaîner : Mother Foucault’s Bookshop et New Expressive Works à Portland, Sou’wester à Seaview, American Dance Festival à Durham… Durant toutes ces années, Sarah Brahim peaufine son art – montré à la Biennale de Lyon ou lors d’expositions collectives outre-Atlantique – jusqu’à réaliser sa première monographie en 2023, à la Fondation Bally de Lugano, en Suisse.
Une oeuvre
C’est au cœur de la fondation suisse que Sarah Brahim présente The Second Sound Of Echo. L’intéressée se souvient : « Dans la première salle, on voit un duo entre mon père et moi. Je lui ai demandé de créer une étincelle, et elle a suivi son rythme cardiaque et sa respiration, tout naturellement, tandis qu’il tentait ce geste. Puis, seule, je me suis enregistrée en train d’amplifier mon propre rythme cardiaque en produisant des sons d’écho dans ma poitrine ». Ce rythme entêtant, comme celui sur lequel Sarah Brahim a dansé durant des années, est aussi une manière pour elle de parler d’angoisses existentielles, principalement liées à la mort : celle de ses parents, de ses proches et de soi-même.
Une actualité
Obsédée par l’idée d’interroger la mémoire, Sarah Brahim prolonge ses obsessions au sein de sa dernière installation vidéo visible jusqu’au 24 mai prochain au SAMoCA@Jax , à l’occasion de l’exposition collective 100% saoudienne Art of the Kingdom : Poetic Illuminations. Dix-sept artistes, dont neuf femmes, témoignent du talent d’une scène encore trop souvent ignorée sur le plan international. À observer les œuvres-installations de Sarah Brahim, on se dit pourtant que l’on fait face ici à une artiste essentielle, car à la recherche d’expériences à la fois physiques et mystiques.