Au sein de l’industrie cinématographique, l’IA divise. Si elle inspire des personnages aux scénaristes, elle alimente également diverses craintes, à commencer par celle de mettre au chômage un certain nombre de professionnels. Une relation d’amour-haine sur laquelle revient un documentaire signé Mario Sixtus pour Arte.
Le 2 mai 2023, la Writers Guild of America (WGA), représentant 11 500 scénaristes, entrait en grève. En cause, notamment ? La crainte d’être remplacés par des intelligences artificielles qui se montrent non seulement capables de se substituer à un grand nombre de métiers du cinéma, mais attisent également des tensions présentes depuis des années au sein du microcosme hollywoodien, qui n’aime définitivement pas être bousculé ainsi. Paradoxe ou pas, certains des plus grands chefs-d’œuvre du grand écran mettent en scène des robots et autres formes d’intelligence, humanoïdes ou non. Terminator, mais aussi HER, Matrix ou Ex-Machina illustrent à la perfection cette fascination teintée de peur. Une relation étrange qui sert de base à un documentaire de Mario Sixtus particulièrement bien ficelé, pensé pour séduire autant les simples curieux que les plus experts.
I(A), Robot
Étiré sur 52 minutes, format ô combien traditionnel, IA et cinéma – La vie rêvée des machines dresse un état des lieux complet des apports possibles de l’IA à la création cinématographique, sans jamais céder à la facilité en présentant cette nouvelle technologie comme le grand ennemi de l’industrie. Car, si les intelligences artificielles permettent de rendre les stars immortelles, comme ce fut le cas pour Carrie Fisher, ressuscitée par ordinateur afin de réintégrer la saga Star Wars, elles offrent également un large panel de réflexion autour de la société, des dystopies à l’infini dont le cinéma n’hésite pas à s’emparer pour remplir les salles obscures. Réduisant certains coûts de production (concernant les effets spéciaux, notamment), l’IA s’invite aussi bien devant que derrière la caméra. Une médaille à deux revers qui, avec les techniques du deepfake ou de l’hypertrucage, inquiète.
Épouser différents points de vue
Que se passe-t-il lorsque la machine se substitue à l’humain ? Alors que l’image est réglementée par toute une série de lois, que se passe-t-il lorsque l’on touche à la voix ? Des logiciels permettent déjà de doubler les acteurs originaux dans toutes les langues, menaçant le pourtant très essentiel métier de doubleur, quand certains acteurs voient leurs propres intonations dupliquées par ordinateur pour les besoins de films au sujet desquels ils n’ont pourtant contracté aucun accord. Souvenons-nous, par exemple, de Stephen Fry, dont la voix a été utilisée pour un documentaire qu’il n’a jamais tourné…
Si le débat semble des plus contemporains, le documentaire de Mario Sixtus tient à rappeler que la machine a déjà remplacé l’humain, et ce depuis longtemps. Qu’en est-il des orchestres des films muets ? Des décors faits à la main aujourd’hui générés par ordinateurs ? Des monstres maquillés, eux aussi, devenus des avatars virtuels ? Sans être alarmiste, le documentaire fait dialoguer deux points de vue, mettant en lumière les dérives possibles tout en n’oubliant jamais de rappeler que l’avancée de l’IA s’accompagne également de beaucoup de fantasmes. Un panorama complet, entre scepticisme et avis tranchés, qui ne fait que raviver la désormais éternelle question : qui de l’être humain ou du robot sortira gagnant ?