Au CAPC de Bordeaux, une exposition pour sonder les imaginaires futurs

Au CAPC de Bordeaux, une exposition pour sonder les imaginaires futurs
Vue de l’exposition Antéfutur, Capc Bordeaux. Photo Arthur Péquin
Vue de l’exposition Antéfutur. Photo Arthur
Péquin
2 Lizards par Orian Barki et Meriem Bennani
Pedro Neves Marques, The Pudic Relation Between Machine and Plant (video still), 2016. Courtesy the artist

Du 7 avril au 3 septembre, le Capc de Bordeaux fait place à une jeune génération d’artistes qui s’attèlent à penser puis livrer leur vision du monde de demain. Sont-ils désillusionnés ? Angoissés ? Impatients ? On fait le point à travers deux oeuvres digitales exposées.

Entre crise écologique, conflits sociaux, tensions géopolitiques maximales… Il est évident que pour les jeunes, se projeter hors de l’instant présent n’est pas chose aisée. « Entre un passé mal digéré dont nous peinons à comprendre les enseignements, et un futur qui se dérobe sous nos pieds, nous semblons collectivement englués dans un présent qui paradoxalement imagine un futur sans avenir » résume Sandra Patron, commissaire d’exposition. Elle, semble avoir parfaitement saisi l’impasse mentale en jeu.

À Bordeaux, en toute conscience, c’est néanmoins l’exercice qui a été proposé à vingt-cinq artistes (tous ayant moins de 35 ans) : représenter, de leur point de vue, de quoi le futur sera fait. Des artistes qui n’hésitent pas à aborder la complexité des problèmes sociaux et politiques avec un regard acéré. Voici une sélection de deux oeuvres parlantes. Attention, l’exposition n’est pas 100% digitale. Elle tient au contraire à représenter « une diversité de médiums, du plus traditionnel au plus technologique ». 

Orian Barki & Meriem Bennani, 2 Lizards (2020)

Sorte de leçon de philosophie pascalienne 2.0, la série de vidéos 2 Lizards par Orian Barki et Meriem Bennani met en scène des personnages en 3D aux traits de lézards. Sur fond d’un Brooklyn en pleine crise épidémique, désertée de toute vie, ceux-ci ont des conversations existentielles. On hésite entre absurdité, simple distraction et profondeur réfléchie des propos.

À noter que les dialogues sont inspirés de vraies discussions. Alors, la communication nous sauvera-t-elle du désespoir ? Sous leurs airs luisants et indolents, ce que nous montrent ces deux reptiles a quelque chose de la vacuité, de l’impossibilité de communiquer quand tout va mal. Une perspective peu réjouissante mais fortement cathartique, qui exprime beaucoup de sentiments traversés pendant ces temps troubles.

Pedro Neves Marques, The Pudic Relation Between Machine and Plant (2016)

Autre travail vidéo, toute autre ambiance. Ici, Pedro Neves Marques met en lumière une « plante sensible », la Mimosa Pudica, qui a la particularité de se refermer sur elle-même quand on la touche. À l’image, une main robotisée est justement en train d’approcher à plusieurs reprises la plante qui ne manque pas de réagir. Cette main symbolise tout à la fois l’humain et la technologie, et représente un danger qui menace. Mais dans l’ensemble, l’oeuvre semble nous éclairer sur la force et la résilience de la nature qui se défend.

Comme quoi nous aurions tord de nous résoudre à une seule et même vision et conclusion. Qui sait, au bout du compte, de quoi demain sera fait !

  • Antéfutur, exposition au Capc musée d’art contemporain de Bordeaux du 7 avril au 3 septembre 2023
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